À la Une : Emmanuel Macron se confie au Time

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

La Une du jour, c’est celle du magazine américain Time.

Oui, puisqu’Emmanuel Macron en fait la couverture, portrait en buste sur un très solennel fond noir, regard dans le vague et mine sans expression : "le prochain leader de l’Europe", titre Time, ajoutant la nuance suivante en bas de page : "si tant est qu’il puisse diriger la France". C’est taquin, c’est narquois, perfide presque ! L’Élysée a donc accordé aux américains le graal ultime après lequel courent toutes les rédactions françaises : une interview fleuve. Vue l’insistance avec laquelle les proches du chef de l’État répètent dans vos journaux ces derniers jours qu’il veut "soigner sa stature internationale", il fallait s’y attendre. On peut donc trouver sur le site de Time quelques extraits, et en bonus, une version vidéo. "Je ne veux pas être le leader de l’Europe, ça n’a pas de sens, je veux être un leader convaincu que notre futur est un futur européen". Bref, il veut être leader… Un leader "relax, écrivent les deux journalistes, cordial, s’exprimant en anglais en sirotant son expresso, et désireux de donner sa vision du monde en détail". Entre deux visites impromptues de Nemo, le président parle du climat et du désengagement des États-Unis dans la COP 21 : "quel est votre plan B ? lance-t-il à Trump, moi, je ne connais pas de plan B". Il parle également de l’Iran, qui pourrait devenir une "nouvelle Corée du Nord" qui si les américains sabotent l’accord sur le nucléaire. Enfin, dernier règlement de compte avec Trump, ce passage sur l’utilisation du réseau social Twitter : "I don’t tweet myself, je ne tweette pas moi-même, affirme Emmanuel Macron, parce que pour être président, il faut prendre de la distance avec les évènements, avec le flot continu d’informations, lorsqu’on est en responsabilité, on ne peut pas passer son temps à réagir sur ce type de support".

La qualité plutôt que la quantité donc. Un message que martèle l’Élysée et que l’on retrouve aussi dans la presse française.

Comme dans Le Monde qui retranscrit fidèlement le récit présidentiel : "le mot d’ordre, c’est "pas de bavardages", explique le porte-parole Bruno-Roger Petit. En revanche, la com’, elle, est parfaitement autorisée et on la retrouve donc, telle quelle, dans le titre de l’article : "Macron, une poigne de fer au sommet de l’État". "Sourire de velours et regard d’acier, écrivent Solenn de Royer et Bastien Bonnefous, depuis qu’il est à l’Élysée, Emmanuel Macron dirige ses équipes avec une main de fer (on vous le redit pour que ce soit clair). Exigeant avec lui-même, il attend la réciprocité de la part des siens". Alors on vous raconte comment il a « passé un savon aux membres du gouvernement en conseil des ministres", comment le off et les traditionnels commentaires dans la cour de l’Élysée sont interdits. On en conclue que les petites phrases qui charpentent l’article sont, elles, autorisées : "Macron c’est the boss, un patron, un chef d’équipe, un manager au tempérament d’acier, il n’a pas d’affect", "chez Rothschild, on disait de lui que c’était un tueur". Ses visiteurs sont même "bluffés par son autorité". L’autorité, c’est bluffant. En tout cas, c’est surtout censé vous convaincre que Macron n’est pas, et ne sera pas, François Hollande. Même discours en Une du Figaro qui titre "Macron exhorte ses ministres à mieux défendre sa politique". Le président veut "discipline, combativité et un gouvernement qui file droit". Avec ça, en lisant Le Parisien Week-End, on se dit que Stéphane Bern va probablement passer un sale quart d’heure : "j’aurais aimé qu’on taxe davantage les yachts et les voitures de luxe, pas les châteaux", lance le chargé de mission "patrimoine" du président. "Vous n’êtes pas d’accord avec la politique fiscale d’Emmanuel Macron ?", insiste, félonne, la journaliste Laurène Champalle. "Non, répond Bern, et j’ai le droit d’avoir mes idées. Soumettre à l’ISF des monuments historiques, c’est une bêtise". Une "poigne de fer" pour "des bêtises" ! Vu comme ça, c’est beaucoup moins vendeur.

Autre titre à la Une ce matin : à quelques jours du 13 novembre, les victimes des attentats de Paris et Saint-Denis témoignent.

C’est la couverture notamment de Libération : "aide aux victimes, un combat sans fin" : "Deux ans après les attentats, explique le journal, nombre de figures associatives sont exténuées par leur lutte pour défendre les droits des victimes du terrorisme". Dans le mensuel Causette, Caroline Langlade qui préside l’association Life for Paris affirme qu’il faudra "recompter le nombre de victimes à la hausse, car parmi les rescapés, une personne s’est suicidée et cinq ont fait une crise cardiaque". En plus des "130 morts et des 350 blessés, on compte 700 traumas psychologiques". Beaucoup ont quittés Paris, d’autres leur travail. Gérard, 77 ans, voit un psy parce que, dit-il, "je pleure pour un rien, le deuil est impossible", Sylvie et Erik, eux, ne "regardent plus les informations". Pour autant, "il n’y a pas de renoncement, dit Sylvie, nous ne survivons pas, nous vivons". Témoignage aussi en couverture de Pèlerin Magazine : "je suis là, abimé mais entier, confie Aristide Barraud, touché à la jambe et au thorax devant le restaurant le Petit Cambodge alors qu’il voulait protéger sa sœur des rafales". "Depuis, j’essaye de saisir le beau pour affronter le mauvais, explique-t-il, les mots de Brassens, ou du rappeur Oxmo Puccino, la trompette d’Ibrahim Maalouf ont été ma lumière et mon tuteur (…) Parce que la haine, c’est un échec, dit-il, ça vous ronge, ça pourrit. Je ne dis pas que c’est facile, c’est un combat permanent, mais haïr ce serait les laisser gagner".
Une très belle interview à lire dans Pèlerin.

Enfin, à signaler, le numéro spécial de Polka Magazine qui fête ses 10 ans.

Oui, c’est le 40e numéro depuis 2007, il sort en kiosque aujourd’hui. 244 pages de photos et de reportages, notamment les séries de portraits de femmes en noir et blanc réalisés par Marc Riboud et Sebastiao Salgado. À noter aussi, puisque le dossier du jour, on en parlait à 8h, c’est l’apprentissage : ce reportage en page 226 sur le métier rarement mis en valeur d’encadreur, un savoir-faire de plus en plus recherché avec le boom des galeries d’art spécialisées en photo. Didier Le Tumelin, qui a accroché les œuvres de Doisneau et Cartier-Bresson, donne ce conseil à ses apprentis : "allez dans les expos, soyez curieux, et surtout, aimez regarder les choses". Un conseil assez universel qui, fort heureusement, n’est pas réservé qu’aux apprentis.