À la Une : deux ou trois problèmes insolubles

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, deux ou trois problèmes insolubles.

Et d’abord que faire à Mayotte ? Comment éviter, comme le résume la Une du Monde, "le risque d’explosion sociale". "Comment, ajoute le Parisien, comment sortir de la crise ?"

Beaucoup de questions et peu de réponses ce matin.

Pour l’instant on constate, on jauge. On mesure l’ampleur de l’urgence.
Sur le site du Huffington Post, par exemple, témoignage de Guillaume Boucharla, professeur de lettre au lycée de Kahani.
Il raconte ces "jeunes, violents parce que désœuvrés et qui vivent un naufrage" arrivant à l’école le ventre vide, avec des cahiers détruits les jours de pluie parce qu’à l’arrêt de bus "il n’y a pas d’abri". Des jeunes qui viennent en cours avec des hachoirs dans leurs sacs, soit pour se protéger du racket, soit pour régler leurs comptes, directement à l’intérieur de l’établissement, on a même trouvé des machettes dans les cartables des CM2, dit-il".

Délinquance, violence, insécurité, immigration quotidienne en provenance des Comores.
Et puis ces chiffres, que rappelle l’Humanité : "84% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, 60% des habitants ont moins de 25 ans, et le taux de chômage avoisine les 40%".

"Bref, un immense gâchis", écrit Michel Klekowicki dans le Républicain Lorrain.
"Au fond, c’est toujours la même histoire, ajoute Denis Daumin dans la Nouvelle République, la France redécouvre à intervalle régulier qu’elle est une puissance ultramarine mais oublie de se donner les moyens de le rester".

Comme un air de déjà vu. De déjà lu, en 2014, lorsque François Hollande s’était rendu sur place, ou en 2015 avec la visite de Manuel Valls pour promettre plus de sécurité, plus de gendarmes, plus de contrôles. En vain…
Trois ans après, on en est toujours au même point avec les mêmes constats, et les mêmes questions, le même problème insoluble.

Et puis, autre titre qui fait réagir ce matin c’est François Hollande, sorti de son silence pour critiquer l’attitude des Turcs et des Russes en Syrie.

Oui, alors ça inspire effectivement nombre d’éditorialistes.
Pas tant sur ce qu’il faudrait faire en Syrie, mais sur le cas Hollande lui-même.
Où l’on questionne comme Hervé Chabaud dans l’Union, "son envie de retour".
Où l’on pointe comme Cécile Cornudet dans les Échos, "l’incapacité des ex-présidents à renoncer à leur passion politique".
Où l’on s’interroge comme Maurice Bontinck dans La Charente Libre : "un ex-président devrait-il dire ça ?".

Eh bien oui, répond l’Humanité.
Oui, parce que "le silence et l’inertie des pays occidentaux ont assez duré", écrit Jean-Emmanuel Ducoin.
Le journal fait sa Une avec ce titre : "sauvons Afrin", expliquant que "depuis le 20 février, les Kurdes sont soumis à une terrible offensive de l’armée turque, des centaines de civils ont été tués, des dizaines de milliers d’entre eux sont forcés à fuir écrit l’Humanité".

Il y a les Kurdes, et puis il y a le quartier de la Ghouta près de Damas.
"Récits de médecins, chirurgiens et casque blancs"" à lire sur Médiapart… Plus de 1.000 morts, 6.000 blessés, et la détresse des soignants qui n’ont plus ni médicaments ni matériel médical pour les prendre en charge.
Ce que confirme un autre reportage, sur le site Slate.fr , je vous passe les détails sur les corps d’enfants agonisants et les crânes fendus, l’article s’appelle "l’enfer sur terre" et il est signé Philippine de Clermont-Tonnerre.

Enfin, pour compléter ce tableau syrien, il faut y ajouter la présence des mercenaires russes sur place. Dossier dans Libération ce matin.

"Témoignage d’un responsable d’une société militaire privée qui envoie ses hommes combattre au sol, en liaison avec le Kremlin, nous dit le journal :
"le but de notre présence en Syrie, explique ce soldat à Elena Volochine, c’est une lutte pour le régime d’Assad, mais aussi une lutte pour le pétrole et pour l’argent.

Ce qui se passe en Syrie, dit-il, c’est d’un côté un combat contre le terrorisme et de l’autre, un engrangement de bénéfices au profit de notre pays, pour que la Russie puisse s’emparer de l’énorme marché des ressources pétrolières. J’estime que tout cela est juste… Nous n’avons pas commencé cette guerre, ajoute le mercenaire, mais c’est à nous de finir le travail".

Qui les paye ? "Des compagnies qui exploitent et raffinent le pétrole en Syrie, répond-il sans détour, les géants russes Lukoil et Gazprom par exemple".

Voilà, c’est encore un autre pan de ce qui se joue en ce moment en Syrie et c’est à lire dans Libération.

Libération qui comme beaucoup de journaux ce matin rend également hommage à Hubert de Givenchy.

Il avait "L’étoffe du gentleman", écrit la journaliste Sabrina Champenois.
Hubert de Givenchy, décédé à 91 ans et sacré "prince de l’élégance" en Une du Figaro, photo en noir et blanc du couturier en compagnie de son amie Audrey Hepburn.

Givenchy dont plusieurs journaux ressortent les interviews. Madame Figaro par exemple, à qui il confiait en juin 2017 regarder "la mode avec distance : elle ressemble à notre époque que je trouve guère brillante, disait-il, il n’y a plus de demande, plus de grands bals, de grandes soirées, on a changé d’époque, aujourd’hui la mode fait surtout des coups d’éclat".

Même déception émise auprès de Paris Match l’an passé : "il n’y a plus de mode, il y a des modes… les tissus sont pauvres, plats, les mannequins marchent en se cognant les genoux avec des chaussures invraisemblables. La mode cherche à faire du show-off, disait Givenchy, et moi je prêche quelque chose qui ne veut plus rien dire".

Face à ce problème insoluble, cette déliquescence inévitable de la haute-couture, Givenchy avait choisi d’arrêter les défilés, dès 1995.

Et ses préoccupation sont toujours d’actualité, la preuve avec cette question en couverture de Technikart : "La mode a-t-elle craqué ?", enquête sur le marketing de l’anti-marketing.
Autrement dit, ces marques qui, pour séduire les jeunes, cassent leur image : Louis Vuitton qui vient de présenter un partenariat avec la griffe Supreme et vend des sweats à capuche à 8.000 euros.
Gucci qui s’inspire des contrefaçons et fabrique des faux "faux", autrement dit des pulls siglé Guccy, avec un "y" à la place du "i" mais vendu au prix d’un vrai.

Bref, on n’est pas là pour habiller, on fait du marketing, des coups, du luxe jetable. Ça résume bien notre époque et c’est à lire dans Technikart, un monde du luxe qui semble loin, très loin, de "feu" la haute-couture version "Givenchy".