À la Une : des secrets révélés, du soupçon et de la méfiance

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, des secrets révélés, du soupçon et de la méfiance.

Et le visage qui incarne le doute, c’est celui de Christopher Froome. Le cycliste star de l’équipe britannique Sky, quatre fois vainqueur du Tour de France, et suspecté de dopage.
Contrôle "anormal" nous dit Le Monde.
En cause, la présence dans les échantillons d’un broncho-dilatateur qu’il prend pour son asthme.

De quoi avoir "l’ombre d’un doute", titre prudemment le Dauphiné.
"Froome vacille", juge le Télégramme.
Il est "dans le rouge", d’après La Provence.

"Le ciel tombe sur Froome", résume L’Équipe dans un clin d’œil à la Sky, une équipe qui promettait pourtant de révolutionner le cyclisme.

"C’est simple, écrit Alexandre Roos, dans la Team Sky, rien n’est laissé au hasard pour améliorer les performances des coureurs.
Oreillers à mémoire de forme, couettes hypoallergéniques, et même psychiatre à disposition. Un professionnel qui s’occupait jusque-là des pires tueurs en série de Grande-Bretagne et qui leur apprend à gérer les émotions au moment de l’effort.
Pour prouver que les temps ont changés, le patron de l’équipe "fait même passer un audit à tout le personnel au moment de l’affaire Armstrong. Ceux qui reconnaissent un lien passé avec le dopage prennent la porte.
Sauf qu’en 2014, écrit L’Équipe, on apprend que Chris Froome a pris des corticoïdes pour une compétition. Il a bien une autorisation médicale mais les premiers soupçons émergent".

Alors la Sky serait-elle une équipe de dopés, comme d’autres avant elle ?

"Scientifiquement, la défense de Froome tient la route", nous dit le Figaro.
"Le salbutamol permet-il de gagner le Tour de France ?", "non" répond Libération qui ajoute que "ce produit est moins puissant que les corticoïdes".
Mais peu importe, finalement, le mal est fait.
C’est ce que dit en creux Marc Madiot, le président de la Ligue de Cyclisme au Parisien.

Lui plaide pour que les asthmatiques posent le vélo et rentrent chez eux : "t’es malade, eh ben tu abandonnes, c’est la loi du sport, dit-il, c’est une question de bon sens et de santé publique".

Oui, une question de confiance aussi, pour un sport auquel on n’en accorde plus beaucoup.

Doutes et de méfiance toujours : l’hebdomadaire Le 1 fait sa Une sur le sucre, suspecté d’être présent dans toute notre alimentation.

L’hebdomadaire revient sur "la découverte récente de documents confidentiels qui démontrent que notre addiction au sucre n’est pas le fruit du hasard. Elle est la conséquence, écrit Le 1,  d’une stratégie commerciale orchestrée il y a cinquante ans par l’industrie agroalimentaire".

Manon Paulic et Julien Bisson racontent comment la guerre contre les matières grasses a favorisé l’ajout de sucre dans tous nos plats.
"Parce que les produits sans matières grasses, les fameux 0%, sont désespérément fades, et donc invendables. Pour améliorer leur gout, les industriels ont donc ajouté du sucre, beaucoup et partout. Dans les céréales du petit déjeuner, dans les yaourts, les plats cuisinés, les soupes, les sauces dans le jambon sous vide".

Au-delà de l’obésité à laquelle on pense en premier, le nombre de diabétiques, lui aussi, a explosé : ils étaient 100 millions dans le monde en 1980, d’après l’OMS. Ils sont désormais 420 millions. quatre fois plus.

Alors sait-on vraiment tout sur ce qu’on mange ?
Comment avoir confiance en son assiette ?
"Il existe une solution très simple, conclu Le 1 : se remettre à cuisiner".

Autre titre ce matin, le témoignage de l’actrice Salma Hayek, qui sort du silence et révèle avoir, elle aussi, été harcelée par Harvey Weinstein.

"He is my monster too", "il était mon monstre à moi aussi", un récit publié par le New York Times et repris par tous les sites d’information ce matin.

Salma Hayek y égraine tous les "non" qu’elle a asséné au producteur.
"Non, pour lui ouvrir la porte à toutes heures et partout, non, pour prendre une douche avec lui, non pour les massages, non au sexe oral, non pour me déshabiller devant lui avec une autre femme, non, non, non. Autant de refus, écrit-elle, suivis à chaque fois de crises de rage machiavéliques".

Elle raconte l’hystérie d’un homme qui ne supportait pas qu’on puisse lui dire "non", elle liste les humiliations, les menaces de mort même, "à ses yeux, je n’étais ni une artiste, ni une personne, j’étais une chose, rien d’autre qu’un corps".

Salma Hayek qui explique aussi pourquoi elle apporte ce témoignage plusieurs mois après l’explosion du scandale Weinstein.
"Comme d’autre, j’ai été approchée par des journalistes pour parler… Mais je pensais avoir fait la paix avec cette période de ma vie.
Je pensais que c’était fini, que j’avais survécu, je pensais que suffisamment de monde déjà s’était exprimé… mais le simple fait d’avoir honte de décrire tout ça dans le détail m’a fait réaliser que je n’avais rien résolu".
"Aujourd’hui, les femmes parlent, conclue-t-elle, parce que nous entrons dans une nouvelle ère, parce que nous pouvons enfin le faire".

Un témoignage à lire sur le site du New York Times, ou partiellement traduit sur ceux du Monde, de l’Obs ou encore de l’Express.

Enfin, cette "folle histoire" racontée par Médiapart, le site d’information qui a failli se faire piéger par de faux listing bancaires.

Les journalistes racontent comment, au matin du 7 novembre, deux inconnus sont venus déposer en coup de vent des cartons remplis de paperasse à l’accueil de Médiapart.
"4.000 feuilles, formats A4, et autant de documents bancaires tombés du ciel, disent-ils… 1300 noms, dont ceux de hautes personnalités, pour des avoirs qui atteignent le milliard et demi d’euros".

"Très vite, une petite équipe se met au travail pour vérifier chaque document, et, au départ, tout colle : les adresses, la domiciliation des sociétés, les numéros de comptes, tout est vrai du travail de pros, écrivent les journalistes, mais le 1er décembre, lorsque nous commençons à appeler les titulaires des comptes, nous découvrons l’intox".
Oui, tout est authentique, sauf le lien entre les établissements bancaires et les comptes, et, surtout, les sommes affichées".

De quoi se demander, pourquoi un si beau travail de faussaire ?
"S’agissait-il de nuire à des personnalités, comme dans l’affaire Clearstream ?", se demande Médiapart.
Peut-être ou plus vraisemblablement de manipuler une rédaction connue pour sortir de gros dossiers, la pousser à la faute pour la décrédibiliser, nuire à sa réputation et plus globalement instiller le doute sur la qualité de ce qu’on lit dans les journaux, sur la confiance qu’on accorde à ceux qui nous informent.

À la fin, ce qui est vrai, c’est que Médiapart n’est pas tombé dans le panneau.