À la Une : des photos de nouveaux nés et des titres inquiétants

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, des photos de nouveaux nés et des titres inquiétants.

Parce que, comme le résume le Télégramme : "les Français font moins de bébés".
C’est ce que vos journaux retiennent du bilan démographique de l’Insee publié hier.
"Non seulement il y a moins de bébés mais il y a aussi plus de décès", précise le Maine Libre.
Même constat en Une du Courrier de l’Ouest et du Progrès.

Dans les faits pourtant, il n’y a pas de déclin démographique : la population augmente, +0,3%, en un an.
Certes, le nombre d’enfants par femme diminue, il est de 1,88 contre 1,92 en 2016, mais c’est toujours plus que les 1,6 comptabilisés en 1994…
Sans compter que notre taux de fécondité est plus élevé que celui de nos voisins Allemand, Italiens, Espagnols et Britanniques.

Mais ! Mais comme le dit Gaëlle Dupont dans Le Monde, "une forte natalité est interprétée comme un signe de bonne santé pour un pays".
Voilà pourquoi, 17 000 bébés en moins, eh bien c’est "préoccupant" pour La Croix, "dangereux" pour Les Échos et "inquiétant" pour Le Figaro.

D’ailleurs, sur la photo de Une du Figaro, le nouveau-né ne sourit pas et lance un regard empreint de doutes.
Dans son édito, Laurence de Charrette parle d’une "crise" pour laquelle elle voit plusieurs explications : "la perte de confiance en l’avenir, l’avènement de l’individualisme, et le quinquennat de François Hollande lui qui a sonné le glas de l’universalité de la politique familiale".

"Sauf qu’il est en réalité bien difficile d’établir un lien mécanique de cause à effet, lui répond indirectement Guillaume Goubert dans La Croix, existe-t-il des parents qui décident de mettre au monde un enfant à cause d’une prestation sociale ? On peut en douter".
Bon, on est en droit de se demander pourquoi tout ça est si "inquiétant", "préoccupant" et "dangereux" ?
La plupart de vos journaux avance le déséquilibre potentiel du système de retraites et les dépenses de santé qui pourraient augmenter.
Et puis il y a cette autre menace, celle dont nous parle le Figaro, toujours dans l’édito angoissé de Laurence de Charrette :
si ça continue, "à l’avenir, la population n’augmenterait plus que par son solde migratoire. Un phénomène avec lequel l’Allemagne est déjà aux prises et dont Angela Merkel mesure aujourd’hui toutes les conséquences". Lesquelles ? On n’en saura pas plus mais finalement, on a bien compris.

Paradoxe de cette France qui trouve qu’il y a trop d’enfants par femmes en Afrique mais qui, en même temps, se désole de ne pas en avoir assez elle-même,
Bref, des bébés, oui, mais pas n’importe lesquels.
Et pas non plus par PMA hein, mais ça c’est encore un autre sujet ou pas.

Et puis, inquiétude toujours, en couverture de l’Express cette fois.

Oui "c’est la reprise, titre l’hebdomadaire, mais la croissance reste fragile, les entreprises peinent à recruter, le point sur nos atouts et nos handicaps". À l’appui, ce photomontage d’un coq bleu-blanc-rouge sur des béquille avec une patte dans le plâtre.

En page 44, l’Express a demandé à neuf patrons (que des hommes) "ce qu’ils souhaitent pour 2018".
Pour le PDG de Total, "la priorité doit être l’apprentissage", pour celui d’Orange, "il faut moins d’État dans les entreprises", la patron de Saint-Gobain insiste "sur la dépense publique" et celui de Malakoff Médéric sur "les retraites".

Faut-il toujours écouter les conseils des patrons ?
Jusqu’à quel point ?
À regarder les autres Unes ce matin, on se dit que les premiers de cordée ne sont pas tous des exemples d’éthiques et de probité.

Libération, par exemple, revient ce matin sur Lafarge, le cimentier français dont six ex-dirigeants sont mis en examen dans le cadre de l’enquête sur les pots-de-vin versés à Daesh en Syrie.

Le journal raconte, note de synthèse et témoignage à l’appui, comment la direction du groupe a tout fait pour maintenir l’activité de sa cimenterie malgré les combats dans la région.
Il y a les 15 millions de dollars payés à des groupes armés, mais il y a aussi les interdictions faites aux salariés de quitter le site, comme ce mail envoyé depuis Paris ordonnant de "préparer des matelas, de la nourriture, de l’eau, du sucre, et, si les affrontement atteignent l’usine, déplacer les équipes dans les tunnels et attendre". Il y a aussi les enlèvements de salariés en échange de rançons, et les licenciements pour ceux qui refusent de rester. Un récit édifiant, à lire donc dans Libération qui rappelle que dans la tourmente, le PDG de Lafarge, lui, a quitté le groupe avec un bonus de six millions d’euros.

Autre patron en difficulté : Matthieu Gallet, le PDG de Radio France, condamné à un an de prison avec sursis et 20.000 euros d’amendes pour favoritisme lorsqu’il dirigeait l’INA. Il fait la Une de l’Opinion…

Et puis il y a aussi la Société Générale à laquelle Bercy réclame 2,2 milliards d’euros de redressement fiscal. Information du Canard Enchainé, sur les suites de l’affaire Kerviel.

Sans compter Lactalis, dont le site Les Jours détaille les montages fiscaux au Luxembourg et les millions d’euros économisés.

De quoi vous faire douter des "premiers de cordée" qui font, comme l’a dit le Président que "nous sommes la nation française".

À moins que les premiers de cordée ne soient pas ceux que l’on croit.

C’est ce qu’on se dit en lisant Nord Eclair par exemple : pas d’aigreur ni de psychose en Une de l’édition de Tourcoing qui met à l’honneur des bénévoles qui viennent d’ouvrir un Repair Café à Halluin.
Là, point d’individualisme, ni de profit à tout prix. Au contraire, "un samedi par mois, on y répare presque tout, écrit Matthieu Thuillier, cafetière, appareil photo, ordinateur ou radio, chacun vient avec son petit électroménager défaillant qu’une équipe de bénévole prend en charge, dissèque et répare, quand c’est possible".
Pourquoi en parler me direz-vous ?
Pourquoi en faire la Une ?
Eh bien parce "c’est dans l’ère du temps, répond le journal, ici, on croise des gens qui n’ont pas les moyens de racheter les appareils en rade, d’autre qui ne veulent pas jeter t ceux qui se révoltent contre cette drôle d’époque où l’obsolescence programmée est presque devenue une fatalité… Enfin, il y a aussi une envie de partager ses compétences, gratuitement, sans autre gain que la convivialité".

Même état d’esprit dans un autre reportage, dans Pèlerin Magazine cette fois, sur ces cette initiative dans le quartier prioritaire Bel-Air à Saint-Priest près de Lyon, où l’on s’organise pour acheter en vrac, "bio, de qualité et pas cher".  "Pâtes, riz, farine, figues, chocolat, achetés en gros par l’Association Vrac et vendu à prix coutant, sans intermédiaire, par des bénévoles. Preuve que la demande est là : 1.200 personnes ont adhéré au réseau.
"Contrairement au supermarché, raconte Patricia, je peux acheter selon mes besoins, sans emballages ni gaspillage, les produits sont meilleurs et puis il y a une ambiance, un contact".

La rubrique de Pèlerin s’intitule "vivre autrement".
Voilà, quelques exemples de cette France qui n’engrange pas de profits, qui ne fait pas bondir ni le taux de croissance, ni la consommation des ménages, mais qui avance.
En revanche, est ce que ça pousse à faire des bébés ? Ça, l’Insee ne le dit pas.