À la Une : des banderoles et des pancartes

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, des banderoles et des pancartes.

À commencer par celles, rouge et jaune, des anti-indépendantistes, descendus dans la rue hier à Barcelone pour "défendre l’unité de l’Espagne".
C’est le titre du quotidien madrilène El Pais.
En France, la Dépêche du Midi parle d’une "déchirure",
Pour La Croix, c’est "la fracture catalane".

Laurent Marchand, dans Ouest-France, préfère lui saluer l’annonce d’élection régionale pour le 21 décembre : "redonner la parole aux électeurs, dit-il, c’est la meilleure manière de reconstruire de la légitimité et de ramener le train sur les rails de la légalité".

Mais en attendant le vote, la mobilisation se fait aussi sur les réseaux sociaux.

Article lire dans Les Échos sur l’appel au boycott des produits catalans : "Produits catalans ? Non merci !", "si c’est catalan, laisse le dans le rayon, ne laissons pas les indépendantistes se financer avec notre argent". 
En ligne de mire, les grandes marques catalanes comme la bière Estrella Damm, les eaux Fonte Vella, Vichy Catalan et même les voitures Seat.
Mais ceux qui sont le plus exposés, expliquent Les Échos, ce ne sont pas tant les grandes boites que les petits entrepreneurs. L’un d’eux, Roberto Ruiz, dont le chiffre d’affaire a baissé de 70%, lance d’ailleurs un appel au secours : "malgré nos mauvais gouvernants, nous, petits patrons catalans, avons aussi le droit d’exister".

La politique, l’économie. Le foot aussi, puisqu’on retrouve la bataille entre Madrid et Barcelone jusqu’en page 14 de l’Équipe.

On parle évidemment du match disputé hier par le Real Madrid sur la pelouse des catalans de Gérone : un match remporté par les catalans et salué par ce tweet de l’indépendantiste Carles Puigdemont : "cette victoire contre l’une des plus grandes équipes du monde peut faire figure d’exemple à de nombreux titres", a-t-il écrit. Le tout agrémenté d’un smiley faisant un clin d’œil.
Preuve s’il en était besoin que la campagne pour le 21 décembre a déjà commencé".

Autre titre, la réforme de l’admission à l’université, puisque le gouvernement présente ses mesures aujourd’hui.

Oui, ça ne fait pour l’instant ni banderoles, ni pancartes, mais les premières pistes sont en Une de nombreux journaux.
"Vers une présélection pour entrer en fac", titre les Dernières Nouvelles d’Alsace.
Oui, mais "Quelle dose de sélection ?" s’interroge le Télégramme.

C’est qu’au royaume du "en même temps" macronien, il n’est pas toujours simple de synthétiser : pour Les Échos "le bachelier garde le dernier mot pour choisir sa filière mais devra avoir le profil requis".
Pour Le Figaro "les professeur donneront leur avis sur l’orientation mais c’est le bachelier qui aura le dernier mot".
De l’art de choisir ce qu’on met avant et après un "mais".

Au milieu de toutes ces interrogations sur la fac, il y a aussi l’Est Républicain qui a choisi de faire sa Une sur "l’apprentissage : la voie de l’excellence".

Le journal rappelle que, du CAP au diplôme d’ingénieur, on est sûr de trouver du travail. "Si c’était mieux valorisé et mieux expliqué, il y aurait beaucoup plus de monde", affirme l’association des directeurs de CFA, qui recense plus de 400 postes à pourvoir en compagnonnage.
Encore faut-il pouvoir créer des vocations.

Et puis autre mobilisation dans la rue ce week-end, celle qui est passée des réseaux sociaux à la rue : la lutte contre le viol et le harcèlement sexuel.

Et la Une du quotidien la Marseillaise résume très bien le message avec cette photo d’une femme tenant une pancarte au slogan limpide :
"Violences : stop, assez, basta".
"On ne se taira plus", ajoute une autre dans Sud-Ouest.

Libération propose une longue enquête sur "une omerta française" : "elles travaillent loin d’Hollywood, dans la finance, la police, les médias, l’hôpital, témoignages de ces femmes victimes de harcèlement ou d’agression sexuelles au travail".

Mais ce qui fait la couverture de Libération, c’est surtout le visage d’un homme: Tariq Ramadan, photographié de profil, dans l’ombre sur fond noir, avec ce titre "silence dans les rangs musulmans".
"Deux plaintes pour viol ont été déposées contre le théologien en une semaine, écrit le journal, mais entre gène et déni, certains de ses alliés évoquent "un complot sioniste".
Effectivement, les plus fidèles lieutenants de Tariq Ramadan accusent des réseaux pro-israéliens. D’autres fustigent au contraire "un homme à l’égo surdimensionné".
Depuis le début des révélations, écrit Libération, "la bataille entre pro et anti-Ramadan fait rage sur les réseaux sociaux".
On en oublierait presque le cœur de l’affaire. C’est à dire la parole des victimes.

Justement, Henda Ayari, qui est la première à avoir porté plainte pour viol s’exprime dans Le Parisien. "Elle décrit longuement cette scène en 2012 lorsqu’elle est montée dans une chambre d’hôtel à l’invitation de Tariq Ramadan, pour « discuter tranquillement", avait promis : étranglée, giflée, insultée, violée. "Pour lui je l’avais cherché, dit-elle, j’étais une prostituée". "Mais je suis une femme musulmane et j’en suis fière, conclue-t-elle, Je devrais me taire parce que Tariq Ramadan utilise l’islam pour assouvir ses pulsions sexuelles ? Non ! Il y a beaucoup de musulmans qui respectent les femmes et les droits à l’égalité, c’est eux qu’il faut valoriser".

Enfin, puisque tout le monde sans exception est concerné par le sujet du harcèlement, Les Inrocks ont posé la question à Kaaris.

Pour ceux d’entre vous qui seraient passés à côté, Kaaris, c’est un poids lourd du rap français, 37 ans et des millions de vues sur Youtube. 85 millions par exemple pour le clip de Tchoin.
Alors il chante quoi Kaaris ? Ça c’est son dernier clip, Dozo. Interview improbable donc à lire dans Les Inrocks, qui lui demandent très diplomatiquement : "quand tu commences ton morceau en répétant "pute, pute, pute", n’as-tu pas le sentiment de faire le jeu d’un certain sexisme ou d’une violence envers les femmes ?"
"Non, répond Kaaris, parce que je ne parle pas des femmes, je pourrais dire "bra bra bra", c’est pas une attaque envers les femmes, c’est plutôt une attaque envers les hommes, c’est nous les mauvais".
"Et le hashtag balance ton porc, demande Les Inrocks, tu trouves que c’est une bonne initiative ?"

"Ah oui vraiment !" dit-il…
"Mais tu pourrais te revendiquer comme féministe ?"
"Tout à fait, conclu Kaaris, la femme doit être l’égale de l’homme en toutes circonstances… (…) nous sommes dans une société patriarcale, il faut que ça change".

On y pensera pour les prochaines manifs, ça fera, de toute évidence, un excellent slogan et une très bonne pancarte.