À la Une : confrontation, guerre et bras de fer

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, confrontation, guerre et bras de fer. On commence par la fronde des retraités.

"Ne touchez pas à nos retraites !", appel agrémenté d’un point d’exclamation en première page de l’Union de Reims.
Et pas seulement puisque le sujet fait aussi la Une du Télégramme et du Républicain Lorrain. Centre Presse parle "de malaise", le Figaro de "fronde", l’Est Eclair "des retraités spoliés", l’Est Républicain des "tondus".
Et puis, grand chelem pour l’Humanité qui dénonce un "massacre" en Une, une "guerre des pauvres" en page 3 et les "vaches à lait du macronisme" en page 4.
Ça va loin et en même temps…

"Avec ma retraite de 1.000 euros, explique Georges dans Midi Libre, j’ai dû quitter l’Hérault et émigrer dans l’Aveyron ! Ici, dit-il, il fait froid et il pleut. Mais les loyers sont moins chers. Alors les députés qui parlent de retraites dorées, ils vivent sur une autre planète".
Et puis toujours dans Midi Libre il y a aussi Jean et Jacqueline, qui, avec la hausse de la CSG, perdent 43 euros par mois. "On comprend l’effort national qui est demandé par notre président, disent-ils, mais ils nous semblent que les petits et moyens revenus sont les plus touchés".

Voilà, là se trouve ce que le journal Le Monde appelle "le "péril vieux" auquel Macron fait face" : le risque de se mettre à dos une partie de son électorat, "au second tour, rappelle le Monde, 76% des plus de 65 ans ont voté pour lui".

"Le péril vieux n’est pas à prendre à la légère, dit également Maurice Bontinck dans la Charente Libre, reste que pour le moment, le président n’a besoin que d’une vidéo de lui-même postée sur YouTube pour demander un peu de patience aux retraités".
Commence le veut la formule, jusqu’ici tout va bien.

Emmanuel Macron qui, justement, soigne son image.

En témoigne les très belles photos de son déplacement en Inde dans Paris Match, où Bruno Jeudy raconte "l’escapade amoureuse avec Brigitte au Taj Mahal", ainsi que le parcours sans faute de la première dame "devant laquelle, nous dit le magazine photo à l’appui, même les chèvres de New Delhi s’inclinent".
Oui, des chèvres. Qui l’eut cru ?

Un compte rendu que fustige, sur Médiapart, la journaliste Ellen Salvi, parlant d’un "président en papier glacé" et "d’une mise en scène du pouvoir qui n’a pas grand-chose à voir avec l’information".
Interrogé sur "le contrôle absolu de son image", Emmanuel Macron a refusé de répondre à la presse : "si la frustration vous conduit à des questions de ce type, a-t-il lancé à un journaliste de l’émission Quotidien, c’est à se poser la question si tout ça ne devrait pas être fermé aux médias", autrement dit, écrit Ellen Salvi, "s’ils ne sont pas contents, ils en auront encore moins". 
Eh oui, fini les chèvres, fini le Taj Mahal !

"Le président Macron est agacé par les journalistes, ajoute Laurent Joffrin dans la lettre de Libération, mais il y en a au moins un qui lui ne risque pas d’encourir l’ire présidentielle : en l’occurrence, Bertrand Delais, le nouveau patron de La Chaine Parlementaire, désigné à ce poste par les députés la République En Marche".
Et Joffrin de publier quelques citations dithyrambique tirées du blog de l’intéressé :
par exemple "depuis Jacques Chirac, aucun président n‘a su parler avec une telle justesse de la France périphérique", plus direct : "il faut soutenir l’ambition d’Emmanuel Macron".
"Et s’il était celui qui allait redonner à notre pays la fierté de ce que nous sommes ?"

Bref, "ce n’est plus un blog, c’est un pistolet à confiture, conclue Joffrin, rappelons que La Chaine Parlementaire n’a pas vocation d’exprimer les vues de la majorité mais de refléter la vie de l’Assemblée… Mais sans doute était-ce l’ancien monde".

Les autres titres, ce matin ?

Le jour J pour le clan Hallyday où chacun y va de son enquête sur le testament, ou plutôt, les testaments du chanteur :
Le Parisien fait le point "sur les zones d’ombre d’une succession explosive", Libération titre joliment sur "un dialogue de sous".
Il y a aussi la longue enquête de l’Obs qui pose la question : "et si c’était le rocker qui avait bel et bien décidé des termes de son testament ?".
Un dossier qui contraste avec la Une de Gala : "Nathalie et Sylvie, prêtes à tout pour leurs enfants déshérités".
Ou comment dire qu’on en est qu’au début d’une très longue bataille judiciaire.

Et puis, autre titre, là aussi on est dans le champ lexical de la confrontation : "la riposte de Theresa May à Vladimir Poutine", en Une de Ouest France, le Figaro lui, évoque plutôt "un bras de fer".
Mais à dire vrai, l’expression qui revient le plus souvent, eh bien c’est "guerre froide".
Guerre froide d’après Sud-Ouest, Libération, la Nouvelle République ou encore les Dernières Nouvelles d’Alsace qui y ajoutent un autre qualificatif, lui aussi très 20e siècle : "barbouzeries".

Enfin, dernière confrontation, ce matin, dernière guerre, celle-ci bien plus silencieuse que les autres.

La guerre de l’homme contre la nature…
Parce que comme nous le rappelle le site Usbek & Rica : "la sixième extinction de masse est en cours".
On le savait et c’est de nouveau confirmé par un rapport publié hier dans la revue Climate Change.
"Si le réchauffement planétaire se poursuit, autrement dit si nos émissions de gaz à effet de serre ne baissent pas, dans 60 ans, la planète sera plus chaude de quatre degrés et près de 50% des espèces vivant dans les régions les plus riches en biodiversité seront menacés d’extinction".
On parle de reptiles, de poissons, d’oiseaux, de mammifères, parce que "quatre degré de plus, explique le site Reporterre, ce n’est pas seulement un changement de température, c’est aussi un changement de pluviométrie, de couverture nuageuse et des écosystèmes totalement bouleversés".

De quoi faire dire à Jean-Marcel Bouguereau dans la République des Pyrénées que "notre folie destructrice est sans limites. 2080, c’est demain.
combien de temps faudra-t-il à l’humanité pour se rendre compte qu’elle creuse sa propre tombe ?, demande-t-il, parce qu’aujourd’hui nous sommes la cause de cette sixième extinction mais demain nous en serons aussi les victimes".

Manière de dire que des retraités au président, des Russes aux Anglais, des Hallyday aux Smet. Voilà un combat, une confrontation, une guerre, une question de survie tout simplement, qui dépasse toutes les autres.