À la Une : comment reprendre confiance ?

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, cette question : comment reprendre confiance ?

Parce qu’à en croire la Une du Courrier Picard : "avec l’affaire du lait contaminé, la confiance est rompue".
Et ce, sur toute la chaine : de Lactalis, à la grande distribution, en passant par les contrôleurs de l’État, "il y a eu trop de fautes, écrit Pierre Fréhel dans le Républicain Lorrain, et surtout trop de fautifs".

Bref, tous les critères sont là pour lâcher le mot "scandale", qu’on retrouve en Une de beaucoup de journaux, du Figaro à l’Humanité, en passant par le Parisien et l’Opinion.
C’est un "scandale sanitaire", pour la République du Centre.
"Scandale en poudre", pour l’Est Républicain.
"Scandale devenu affaire d’État", pour la Nouvelle République dont l’éditorialiste Didier Daumin, ne croit pas, mais alors pas du tout au scénario vendu par Bercy, celui des remontrances adressées avec fermeté à la grande distribution : "Il faut les imaginer, écrit-il, assis en rond autour de Bruno Le Maire, Les Michel-Edouard Leclerc, les Mulliez pour Auchan, les Serge Papin pour Système U et d’autre encore.
Comment y croire lorsqu’à eux tous ils pèsent en consolidé dix fois le PIB du Bénin, et quelques 200 fois le budget de l’administration qui est censée les contrôler… Des remontrances ? Allons, c’est juste pour la galerie", dit-il, amer et visiblement pas dupe.

Peut-être parce que, comme le résume Ouest-France en Une, "on ne badine pas avec l’alimentation".
"L’acte de manger devrait conforter la vie, écrit Paule Masson dans L’Humanité, mais voilà qu’aujourd’hui, il rend malade". L’Humanité qui parle littéralement "d’empoisonnement".

"Les empoisonneurs" : c’est l’expression qu’on retrouve aussi en couverture de Marianne.

Oui, "lait, pizzas, pâtes à tartiner, cosmétiques, produits d’entretien, médicaments : la liste des empoisonneurs".
Pour bien insister, les graphistes du magazine ont collé des têtes de mort et des masques à gaz sur tous les produits.
Et si vous pensez que ça se limite à ça, eh bien vous n’êtes pas au bout de vos peines, bande de naïfs ! Puisque en page intérieures, Marianne vous le dit "respirer tue". "Les pesticides ? Tous exposés", "les perturbateurs endocriniens ? Omniprésents". Même la gamelle de votre chien est gangrénée par la mal-bouffe ! "4% de bœuf seulement dans les croquettes".
Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.

Bref, on a un gros problème de confiance.
Mais au-delà de la psychose, comme l’écrit Jean-Michel Servant dans Midi Libre, "espérons que cette tempête laitière serve d’exemple, qu’elle encourage les consommateurs à privilégier les circuits courts, avec des produits locaux parfaitement identifiés. Ce n’est qu’à ce prix qu’on préservera la santé de nos enfants, qu’on sauvera l’agriculture française, et que l’on protègera cette planète, notre planète, mère nourricière trop souvent considérée comme une vache à lait".
Autre secteur qui a traversé une grosse crise de confiance, la politique. Le Parisien fait le portrait des élus qui ont "changé de vie".

Oui, et celle qui a traversé la plus douloureuse crise de confiance, visiblement, c’est Nathalie Kosciusco-Morizet, NKM, battue aux législatives à Paris, a d’abord été "très marquée par le revers", jusqu’à y voir, petit à petit, "une remise en question, utile et enrichissante, dit-elle, en ajoutant que de toute façon, le nouveau monde politique post-Macron est "chiant comme la pluie, j’aurais été malheureuse", explique celle qui, pour l’instant n’a pas encore trouvé la reconversion idéale, mais qui a "pour la première fois de sa vie, rédigé son CV, en français et en anglais".
C’est déjà ça.

Autre exemple, donné par le Parisien, celui de Jean-Paul Huchon, ex-patron de la région Île-de-France, qui donne… des cours d’histoire du rock, dans une école de management à Paris. Sa "passion depuis toujours" combinée à l’envie de "transmettre un savoir".. Huchon qui diserte donc une fois par mois sur Robert Wyatt, Lou Reed, Bob Dylan et autres Iggy Pop devant des étudiants qui pour la plupart, ne connaissaient pas sa vie d’avant.
Une vraie reconversion.

Et puis, on retrouve aussi Thierry Mandon, ancien ministre du gouvernement Valls, dans les dernières années du quinquennat Hollande.
Après 40 ans d’engagement politique au PS, il dit qu’il avait envie de "s’appartenir à nouveau" : fini le "protocole, les visites, le langage prudent", "les rapports hyper-hiérarchisés".
Et pour retrouver confiance, pour croire de nouveau dans l’idée qu’on peut "changer la vie", comme dirait l’autre, eh bien il s’est lancé dans la presse et réalise un vieux rêve : créer un magazine.
Il s’appelle Ebdo et le premier numéro sort aujourd’hui.

Un magazine qu’il a créé avec le fondateur des Éditions des Arènes, Thierry Beccaria, et qui fait couler beaucoup d’encre ce matin.

Du Monde à La Croix, beaucoup de confrères s’y intéressent, d’abord parce que la promotion a été menée tambour battant. Mais aussi parce que, comme le note le magazine Challenges, "la promesse éditoriale est très ambitieuse" : "séduire des Français déçus par la presse traditionnelle, avec une offre de contenus accessibles, simples, clairs, donnant des repères sur des thèmes complexes avec une grande variété de sujets". Tout ça, sans publicité.

Alors à la lecture du premier numéro, effectivement, c’est "simple, clair, avec une grande variété de sujets".
Au-delà de l’enquête sur la SNCF dont vous avez parlé tout à l’heure, avec Laurent Valdiguié, on peut conseiller par exemple, le papier de Charlotte Chaffanjon sur "les médiums et voyants qui s’invitent dans les enquêtes de police".
On a aussi un sujet sur "le procès de l’amiante qui n’aura pas lieu".
Et puis des dossiers plus surprenants, inattendus disons, comme la double-page qui vous explique "comment faire une lampe d’intérieur en récupérant le socle en bois de votre sapin de Noël".

Est-ce que ce nouveau venu rétablira la confiance vis-à-vis de la presse ? Une chose est sûre, il n’est pas le premier à tenter le pari.

Et c’est justement sur ce phénomène de multiplication des titres que reviennent Les Échos ce matin.

Le journal fait la liste : Le 1, Vraiment, 6Mois ou encore America. Tous ont en commun de proposer des articles longs, avec peu ou pas de publicité, et surtout une "indépendance revendiquée".

L’indépendance, c’est ce qui fait un peu tiquer Jérôme Lefilliâtre dans Libération, qui met dans le même lot d’autres nouveaux venus, comme la télé Le Média, lancée par des personnalités proches de la France Insoumise, mais aussi AOC, un quotidien d’idées en ligne, ou encore Loopsider qui propose de la vidéo  : "À l’unanimité, ils mettent en avant leur actionnariat, composé de fondateurs-dirigeants. Ainsi, ils se distingueraient de nombre de médias, considérés comme non indépendants car propriété d’industriels et de milliardaires", dit-il.
On sent que Libération, qui appartient au groupe Altice, l’a un peu mauvaise.

Il note d’ailleurs que beaucoup de ces publications utilisent Facebook comme support de diffusion et Google pour le référencement :
"un journal peut-il être libre s’il vit sous la menace des caprices d’omnipuissance mondiale telle que Facebook ? demande le journaliste, l’indépendance capitalistique a aussi ses limites".

Paf ! Règlement de comptes.
Pour l’opération "confiance retrouvée", on repassera.
Un mot enfin pour signaler la sortie en kiosque du dernier numéro de l’un des pionniers de cette vague "presse sans pub, claire et accessible", en l’occurrence le trimestriel l’Éléphant, revue de culture générale qui fête ses cinq ans. Et qui propose un dossier sur Voltaire, "un homme qui a mené toute sa vie le combat pour les idées".

L’Éléphant qui met en couverture la citation suivante : "plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres".
Reste à savoir ce que c’est qu’être "bien" éclairé ? Par qui, par quoi, pourquoi et comment ?
C’est encore autre chose me direz-vous, oui et pourtant, là est toute la question.