À la Une : colère

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, à deux jours du Salon de l’Agriculture, la colère des paysans.

"Ils sont en colère et ne désarment pas", titre en Une du Courrier de l’Ouest, photo d’une file de tracteurs à l’appui. Même chose pour la Nouvelle République, l’Union, la Montagne, Centre Presse, ou encore Le Bien Public avec sa photo de pneus enflammés pour résumer les doléances : accord avec le Mercosur, zones défavorisées, aide de la PAC, "les agriculteurs se font entendre".

Et effectivement, on en parlait à 8h, rendez-vous est prévu à l’Elysée, 700 jeunes agriculteurs ont été convié à la table du président ce midi. "Objectif : désamorcer la grogne", précise le Parisien "et éviter les sifflets au salon ce week-end". "Les équipes du président flippent", confie le député macroniste, Jean-Baptiste Moreau, lui-même éleveur dans la Creuse".

"Le président le sait, il joue gros, écrit le Parisien, rien ne serait pire que apparaître coupé du monde rural (…) gare au jet d’œuf qui pourrait faire mal !". Bon, à la fin, on croirait presque que l’enjeu dans cette histoire, c’est l’image d’Emmanuel Macron.

"On joue la transparence avant le Salon pour éviter de laisser monter l’anxiété, explique un conseiller, sans minimiser la souffrance du monde agricole, ce déjeuner, c’est l’occasion de tenir un discours de vérité. On ne fait pas de calinothérapie." C’est vrai que si c’était juste une affaire de câlins, ce serait plus simple.

Non, "ce qu’attendent les exploitants, ce sont surtout des engagements, résume Libération, dans un article lui aussi centré sur "le président des villes qui essayent de casser son image". 

Justement, on parle d’une fracture entre le monde urbain et les campagnes, mais Pèlerin Magazine le rappelle : il y a aussi des "paysans des villes".

Des citadins cultivateurs, dit l’hebdomadaire, qui, à Lyon, Paris ou encore Rennes, bousculent les frontières entre l’urbain et le rural.
Par exemple, Fabien Panouillé qui a aménagé un immense container à Rennes pour faire pousser des herbes aromatiques : il fournit des restaurateurs qui importaient jusque-là leur basilic ou leur menthe du Maroc.
Pas de produit phytosanitaire, des économies d’eau et des émissions de CO² bien moindre puisque les milliers de kilomètres ont disparus. Même chose pour Bérengère Duval, fille de céréaliers qui fait pousser des fraises et des salades en pleine métropole lyonnaise, ou encore Casilde Gratacos qui, elle, a aménagé des jardinières sur le toit d’un centre commercial à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis.

Un phénomène qui prend de l’ampleur, explique le magazine, "parce que même si les villes concernées n’espèrent pas produire plus de 5% des fruits et légumes qu’elles consomment, cette agriculture permet bien d’autre choses : c’est du lien social, mais aussi des emplois, et enfin un moyen concret de créer des espaces de fraicheur dans des métropoles qui étouffent." Portraits inspirants à lire donc dans Pèlerin Magazine.

Autre titre ce matin, des armes et des morts.

Oui, avec les bombardements en Syrie, "la tragédie" en Une du Monde, "Pas de trêve", titre, fataliste, La Croix. Le Figaro souligne "l’impuissance de l’occident". "Car chaque chancellerie dit sa révolte face aux images de brutalité extrême, écrit Patrick Saint-Paul, mais derrière les condamnations se cache toujours la même absence de volonté de s’opposer au régime d’Assad."

Et puis, des morts, des armes, et une absence de volonté, c’est aussi la Une de Libération qui revient cette fois sur la tuerie de masse qui a endeuillé un lycée en Floride : "assez de prières, des actes !" lance Christine, 15 ans, rescapée qui s’adresse à Donald Trump.

Le président américain qui a reçu des lycéens hier, et dont le Washington Post publie ce matin une photo en gros plan : celle de ses mains tenant une note, un papier à en-tête de la Maison Blanche, avec pour mention cinq phrases-clé à dire aux victimes : "que voulez-vous me faire savoir de ce qui vous est arrivé ?", "Comment pouvons-nous vous aider à vous sentir en sécurité ?", ou encore, la numéro 5, à répéter à l’envie : "I hear you, je vous écoute, je vous entend". Le fait qu’il faille le noter sur une feuille en dit long sur le désinvestissement de l’intéressé. Info et photo à retrouver sur le site du Washington Post.

Et puis, puisque nous sommes jeudi, un coup d’œil sur les hebdos ?

On retrouve d’abord les suites de la guerre d’héritage dans le clan Hallyday, en Une de Paris Match et de l’ExpressL’Obs met Simone de Beauvoir en Une, eh oui,  pour "comprendre la révolution féministe". Thème qui intéresse également Le 1, sous l’angle de la difficulté pour les victimes de parler des viols qu’elles ont subis et d’être entendu.

Et puis Challenges entretient l’image du "patron Macron à la tête de l’entreprise France" : en couverture, "l’hyper PDG, il manage la France exactement comme une entreprise". Challenges dans lequel on trouve aussi cette double page sur les vraies entreprises :  "en piste pour des profits records !" annonce le magazine, "Objectif 100 milliards pour les entreprises du CAC 40 !".

Le dites pas trop fort quand même hein. Ça pourrait justifier tous les demandes de hausse des salaires, alors que, comme le dit très directement Jean-Francis Pécresse dans l’édito des Echos : "c’est pas le moment". Motus et bouche cousue. Sinon, il y a aussi le dossier du mois de Psychologies Magazine, qui sort aujourd’hui : "comment gérer les conflits, sans les fuir ni les envenimer". Effectivement, pour à peu près tout ce qu’on vient de citer, ça peut servir.

Enfin, au milieu de tout ce tumulte, le trimestriel We Demain, qui sort ce jeudi nous emmène dans les blue zone.

Oui, les blue zone ce sont ces territoires qui comptent un nombre anormalement élevé de centenaires. Alors, c’est très sérieux, c’est validé scientifiquement par un consortium de démographes, parmi lesquels Michel Poulain, professeur à l’université de Louvain en Belgique, qui explique qu’il n’y en a que 4 aujourd’hui dans le monde. L’île d’Ikaria en Grèce, une petite province en Sardaigne, la presqu’île de Nicoya au Costa Rica et enfin l’île d’Okinawa au Japon. Des lieux qui ont en commun d’être très isolés.
"Mais attention prévient Michel Poulain, "la leçon des Blue Zone, ça n’est pas d’aller y vivre, c’est de se libérer du stress et de la société de performance et de consommation"

Quoi d’autre ? Une bonne dose d’activité physique, mais aussi jardiner : les centenaires interrogés par We Demain ne mangent que ce qu’ils produisent, pas d’alimentation industrielle. Pour le reste, madame Oku Shima, 104 ans à Okinawa est formelle : "il faut travailler dur, passer de bonnes nuits de sommeil et surtout boire du saké avant de se coucher".

Ça vous donne une bonne piste ! Sachant qu’à voir les magnifiques paysages photographiés par Gian Luca Colla, on comprend que c’est aussi ça qui entretien la longévité.
La mer, un peu de brume, des falaises couvertes de végétation, à contempler sans modération, contrairement à la consommation de saké, évidemment.

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