À la Une : citrouilles, costumes et maquillage

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

En ce 31 octobre, la presse mise principalement sur Halloween.

Oui, on trouve des citrouilles, du maquillage dégoulinant et autres artifices en plastique un peu partout. Gare à la Une de Nice Matin par exemple, et sa photo d’un masque de clown aux dents acérées absolument hideux. La République du Centre a choisi une brochette d’enfants, tout sourire et maculés de faux sang. Il y a aussi La Voix du Nord qui affirme que, oui, Halloween a bel et bien détrôné la Saint Nicolas : "Parce que pour Halloween, on peut manger plein de bonbons, analyse Mao, six ans, et surtout on peut se déguiser, alors qu’à la Saint-Nicolas, on ne peut pas". Pas faux. Et puis, il y a des phénomènes qu’on ne soupçonne pas. Le journal La Montagne nous apprend par exemple que "l’Auvergne a conquis la citrouille américaine : avec plus de 60% de parts de marché, écrit le quotidien, le groupe auvergnat Limagrain est numéro 1 de la semence de citrouilles pour Halloween aux États-Unis". Du potiron "made in Puy-de-Dôme" exposé sur le perron des maisons californiennes, on l’avait pas vu venir. Des citrouilles donc, des chrysanthèmes aussi puisque vos journaux anticipent la journée de demain, en l’occurrence la Toussaint. Reportage notamment dans Le Parisien sur le cimetière de Saint-Denis où "10 employés veillent toute l’année sur 13.500 tombes". Auguste, 44 ans, chargé de l’entretien, raconte "ces petites mamies qui piquent les fleurs de la tombe d’à côté pour les mettre sur celle qu’elles sont venues visiter", "ces gens qui viennent trinquer au cimetière le jour de l’anniversaire du défunt, d’autres qui déposent des offrandes surprenantes sur les tombes : des cigares, une poule ou encore une peluche géante". Et puis il y a Lucien, 75 ans, venu fleurir la sépulture familiale : "c’est un peu dur ce que je vais dire, mais, c’est la vie, on va tous y passer, dit-il, alors le fait d’être là, moi ça me redonne un coup de tonus en marchant au milieu des tombes, je me dis : profite de chaque jour, on ne sait jamais". Un reportage de Vincent Montgaillard avec les portraits photo de Yann Foreix, à retrouver dans Le Parisien.

Et dans la presse ce matin, "ce qui inquiète" ne se voit pas forcément au premier coup d’œil.

Oui, par exemple ce fléau qui fait la Une de La Charente Libre, La Dépêche du Midi ou encore la Provence quititre : "sécheresse, état d’alerte", photo d’un sol totalement craquelé à l’appui. "On n’avait pas vu ça depuis 60 ans : pluies rares et réserves d’eau épuisées, chez les agriculteurs et les forestiers, c’est l’inquiétude". Inquiétant aussi cet article en page 9 du Figaro : "le changement climatique est une menace qui pourrait saper cinquante années de progrès en matière de santé publique, écrit Marielle Court, conclusion émise par la commission santé et climat du Lancet, la grande revue médicale anglaise. Le document recense les liens évidents entre santé et climat : 800.000 décès imputés à la pollution au charbon en Asie en 2015, mais aussi la baisse des rendements de riz et de blé dus au réchauffement. Pour la France, l’article met en garde contre la multiplication des maladies infectieuses à cause du moustique-tigre, et même contre l’arrivée du paludisme. Le lien entre santé et climat a été largement sous-estimé par les pouvoirs publics, expliquent les chercheurs". Sous-estimé aussi, le niveau des émissions de CO² : "la concentration de dioxyde de carbone dans l’air n’a jamais été aussi élevée depuis au moins 800 000 ans, écrivent Les Echos, chiffre donné par l’Organisation Météorologique Mondiale qui a comparé l’atmosphère de 2016 avec l’air emprisonné dans les glaces du Groenland". "Avec tout ça, écrit Jean-Marc Chevauché dans le Courrier Picard, l’humanité a à peu près compris qu’elle courrait à sa perte. Mais elle s’en fout".
Bon, on va tous mourir, effectivement, mais de toute façon, "même mort, on pollue encore". C’est le titre de l’enquête très sérieuse du site d’information Reporterre qui raconte dans le détail comment "les corps inhumés ou brulés polluent les sols à cause, notamment, des substances utilisées par les thanatopracteurs, en particulier le formol". Une série passionnante en quatre épisodes sur la mort et l’écologie, en accès libre sur le site reporterre.net.

Autre sujet d’inquiétude : la vaccination.

Oui, pendant que pro et anti-vaccins débattent à coup de tribunes dans la presse en France, ailleurs dans le monde, on se bat pour en avoir. Longue enquête de 22 pages à lire dans National Geographic sur "ces millions d’enfants encore à sauver ». Portrait poignant du photographe William Daniels, où l’on voit un homme, Ghulam Ishaq, commerçant pakistanais, regardant fixement l’objectif, il tient dans ses bras sa petite fille de quatre ans, hurlant de douleur, le pied droit enroulé dans un épais bandage blanc : "si elle avait été vaccinée contre la polio, précise le magazine, cette petite fille n’aurait pas aujourd’hui une jambe atrophiée". La journaliste Cynthia Gorney raconte comment "au Bangladesh, en Ouganda, en Afghanistan, médecins et ONG se battent pour que des vaccins tenus pour acquis en Occident bénéficient à tous (…) et leur mission relève parfois du parcours du combattant, comme au Congo, où les glacières remplies de vaccins contre la rougeole passent difficilement de motos en pirogues pour atteindre les villages. Il y a aussi le Pakistan, où les visites à domiciles des agents de santé se font sous escorte policière, des dizaines d’agents ayant été tués ces dernières années par des militants anti-vaccins. Et puis il y a les prix excessifs fixés par les labos pharmaceutiques qui rendent  certains vaccins inaccessibles". Un reportage de National Geographic qui rappelle encore une fois que, sur les vaccins comme sur le reste, tout dépend toujours de quel point de vue l’on se place.

Enfin, le mensuel Philosophie pose une lourde question : "Comment vivre avec l’idée de la mort ?".

Question d’actualité puisque Halloween, c’est s’amuser de la mort pour mieux la conjurer, et que la Toussaint, c’est entretenir la mémoire des défunts.
Philosophie Magazine propose donc d’aborder le sujet avec l’aide des grands penseurs. Epicure, par exemple, qui au IIIème siècle avant notre ère s’est affranchi de la question : "il n’y a rien de redoutable dans la vie pour qui a compris qu’il n’y a rien de redoutable dans la non-vie ». Autre point de vue, plus sceptique, celui de Jacques Derrida qui reconnaissait en 2005 n’avoir jamais appris à vivre, « car cela devrait signifier, dit-il, apprendre à mourir, à accepter la mortalité absolue, sans salut, ni résurrection, ni pour soi, ni pour l’autre (…) donc, non, je n’ai pas appris à accepter la mort". Enfin, il y a le stoïcien Sénèque, dont Philosophie magazine publie la Lettre à Lucilius en supplément détachable : "l’essentiel, dit-il, n’est pas de vivre longtemps, mais de vivre pleinement". Bref, osez les déguisements, maquillez les enfants, profitez de leurs rires et surtout ne les culpabilisez pas s’ils mangent trop de bonbons. Comme dit Sénèque, n’oubliez pas de "vivre pleinement".