À la Une : Catherine Deneuve dans Libération

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Ce matin, Catherine Deneuve fait la Une de Libération.

Six jours après la publication d’une tribune anti-#BalanceTonPorc dans Le Monde. Opération "déminage".
Avec une très belle photo d’abord, à l’esthétique rétro, signée Jérôme Bonnet et prise en 2013. Très vraisemblablement choisie pour ce qu’elle véhicule de politiquement incorrect puisque l’actrice y exhale ostensiblement la fumée d’une cigarette en regardant au loin.
"Je suis une femme libre, dit le titre, et je le demeurerai".

Page 21, l’actrice explique qu’elle a signé cette tribune parce qu’elle « aime la liberté », parce qu’elle "craint un nettoyage dans les arts" et parce qu’elle "n’aime pas les effets de meutes", "cette caractéristique de notre époque où chacun se sent le droit de juger, d’arbitrer, de condamner".

"J’ai trouvé ce texte vigoureux, dit-elle, à défaut de le trouver parfaitement juste. Oui, j’ai signé cette pétition, et cependant, il me parait absolument nécessaire de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s’octroient le droit de se répandre dans les médias".

Catherine Deneuve ne "balance" pas de nom, mais c’est de Brigitte Lahaie qu’elle parle, l’ancienne star du X qui a affirmé sur BFMTV que "l’on peut jouir lors d’un viol". Sachant qu’une autre signataire, Catherine Millet, auteure du best-seller "La vie sexuelle de Catherine M" s’était elle aussi épanchée sur France Culture en décembre pour regretter "de ne pas avoir été violée, parce que je pourrais témoigner que du viol, on s’en sort".

Rien de surprenant dans ces propos : Lahaie et Millet n’ont jamais caché leurs théories sur le sujet, mais voilà, visiblement Deneuve ne savait pas.
Elle n’a pas anticipé.
Un peu comme le soutien de personnalités comme Nadine Morano et Christine Boutin, qu’elle n’attendait vraisemblablement pas.

"Tous ces conservateurs, racistes et traditionalistes, résume-t-elle, qui ont trouvé stratégique de m’apporter leur soutien, je ne suis pas dupe, ils n’auront ni ma gratitude, ni mon amitié", conclue l’actrice en saluant "les victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressée par cette tribune, c’est à elles et elles seules que je présente mes excuses".

Une lettre à lire donc dans Libération, Libé qui raconte également les coulisses de cette opération déminage.

Eh oui, tout ça ne tombe pas de nulle part.
"Catherine Deneuve nous a transmis ce texte sous forme de lettre à la suite d’un entretien par téléphone vendredi, raconte Anne Diatkine.
Nous l’avions sollicité pour entendre sa voix, savoir si elle était en accord avec le texte et avec les prises de positions des unes et des autres, bref, nous voulions qu’elle clarifie sa position".

Même désir de clarification du côté du journal Le Monde, qui explique pourquoi cette tribune a été publiée.
Article à lire sur le site du quotidien où l’on comprend que c’est effectivement en apprenant que Catherine Deneuve était signataire que la direction du journal se décide à en faire sa Une : "Avec cette signature connue dans le monde entier, l’affaire change de nature, écrit le médiateur du Monde, impact maximum garanti »… « Débat et polémique en perspective".

La bonne aubaine.
Les rédactrices de la tribune ne s’y sont pas trompé, elles qui après l’avoir rédigée, ont trouvé "qu’il manquait un visage" pour incarner la contre-offensive et ont pensé à Deneuve.
C’est ce qu’explique au Figaro Peggy Sastre, journaliste qui ne se présente pas comme féministe mais comme "Darwiniste" :
"Catherine Deneuve, au début, on y a pensé comme une bonne blague, du genre "tiens, on va demander à Mickael Jackson"".

"Harcelée, écrit Le Figaro, l’actrice finit par signer quelques heures avant la publication".
"Harcelée" ? Disons plutôt, librement importunée.
Sinon, ça voudrait dire qu’on lui aurait forcé la main, or Deneuve n’est pas "une petite chose fragile".

Un papier à lire dans Le Figaro et signé Eugénie Bastié, qui n’a pas signé la dite tribune.

Autre révélation ce matin : retour sur la campagne présidentielle du Front National, vue des coulisses.

Oui, deux sites publient des documents internes et confidentiels : Médiapart d’abord, qui s’est procuré des notes de conseils adressés à Marine Le Pen, des échanges de mails, ou encore des fiches et qui donne la parole à un témoin clé de la campagne. Michael Erhminger, 27 ans.

"Il a beaucoup vu, beaucoup entendu, écrit Médiapart, et il décrit l’amateurisme total du FN" :
un parti pas préparé, des bureaux aux allures de déchetterie, des militants qui viennent au QG mais qui ne font rien de leurs journées, une candidate "paresseuse" et "incompétente".
"Tout se faisait au dernier moment, des commandes de tracts aux organisations de déplacements, les meetings, et même les discours, écrits, dit-il, cinq minutes avant d’être prononcés, sans compter une candidate sans ligne directrice".
"Tout le monde savait qu’elle allait perdre, tous travaillaient en sachant que c’était voué à l’échec".

Et puis l’autre site d’information qui s’intéresse aux coulisses de la campagne du FN, c’est BuzzFeed, dont la journaliste Asma Maad s’est procuré un document qui éclaire d’un nouveau jour le débat d’entre deux tour.
C’est une note confidentielle, rédigée par Damien Philippot, frère de Florian, ancien de l’institut de sondage IFOP et chargé du pôle "argumentaire".

Trois pages de conseils à Marine Le Pen pour réussir son débat : "nous n’avons rien à perdre, écrit-il, (…) il faut donc tout le temps être dans l’offensive, l’amener à s’énerver, en étant ferme et souriante. L’objectif est de dégrader l’image de Macron, quitte à perdre en crédibilité".
Autant de recommandations qui ont été, on le comprend désormais, suivies à la lettre par la candidate.

Enfin, politique toujours, Delphine Batho, ancienne ministre de François Hollande, règle elle aussi ses comptes avec son parti dans le Parisien.

Oui, elle annonce qu’elle est candidate à la direction du PS pour en finir "avec un système et un verrouillage de l’appareil".
Elle parle de "ce qui n’est plus un parti mais une mafia politique, avec ses parrains, ses lieutenants et ses exécutants. J’ai découvert qu’il y avait eu un traficotage des statuts au dernier moment pour changer les règles, dit-elle, l’objectif est de reconduire la même aristocratie politique, la crise leadership est délibérément organisée pour que ceux qui tiennent les ficelles continuent de le faire. Je ne peux pas être complice !"

Un entretien "coup de poing" comme le résume la journaliste du Parisien,  Nathalie Schuck. Reste à démontrer qu’on peut encore faire de la politique sans être dans le coup de poing permanent.