À la Une : beaucoup de petites phrases et de tractations politiques

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, beaucoup de petites phrases et de tractations politiques.

Oui, tractations d’abord dans le Figaro qui nous apprend que "Emmanuel Macron réfléchit déjà à un troisième remaniement". Dossier sur deux pages pour recenser les hypothèses. C’est qu’il faut trouver un nouveau porte-parole alors sont cités, votre invité d’hier Benjamin Griveaux, ou encore la députée Amélie de Montchalin.
Mais il y a "le cas Muriel Pénicaud", "si la ministre du Travail est mise en examen dans l’affaire Business France d’ici au 18 novembre, cela peut avoir un impact".
Méchant impact en effet, mais ! mais quoi qu’il en soit, conclue l’article, "ce ne sera qu’un remaniement technique, la photo globale ne changera pas".

Le gouvernement qui fait aussi la couverture de Challenges : "chouchous, stars, espoirs : les ministres qui comptent", titre le magazine. En pages intérieures, on parle de "Macron gouvernance" et de "président manager".
Nicolas Domenach rapporte une belle pelletée de petites phrases du coach présidentiel : "l’Élysée, ce n’est pas Nuit Debout", "on ne recule pas, on ne recule jamais".
Ou encore "ne vous demandez pas si c’est de gauche ou de droite mais si ça peut voler".

Aux rayons répliques, il y a aussi celles de Laurent Wauquiez, auquel il vous sera difficile d’échapper ces temps-ci tant vos journaux multiplient les portraits.
Pour aller au-delà de la com’, on peut citer la série du site d’information Les Jours intitulée "Sous la parka".
Mais aussi ce reportage dans le dernier numéro de Society : "Wauquiez, poivre et fiel »… Le magazine retrace le parcours de celui qui se proclame "anti-élite", formé par Normal Sup, Sciences-Po, l’ENA et la Sorbonne. Une enquête émaillée d’une ribambelle de saillies comme celle-ci : "je suis l’ennemi public numéro 1, le Jacques Mesrine de la politique".
De quoi vous redonner, j’en suis sure, l’envie de vous intéresser à la chose publique.

Autre titre, bien loin des petites phrases : la lutte contre l’État Islamique aux Philippines.

Parce que la menace dépasse largement les frontières irakiennes et syriennes.
C’est la photo du jour dans Les Échos, où l’on voit des militaires traverser ce qu’il reste de la ville de Marawi au sud du pays, traquant les derniers djihadistes terrés dans les ruines de bâtiments totalement dévastés. Cinq mois de combats et plus de 1100 morts.

Pourtant, malgré cette victoire arrachée par les militaires philippins, "la menace Daesh s’étend aux Philippines".
Reportage à lire dans le New York Times qui raconte que, "malgré la mort du chef local de l’État Islamique, la guerre est loin d’être terminée. Partout dans la région de Mindanao, les habitants se préparent pour les prochains combats. "Je n’aime pas me battre, dit une ancienne militaire, mais c’est notre terre, et nous n’allons pas les laisser détruire notre ville comme ils l’ont fait à Marawi". Elle ajoute que "ce n’est qu’une question de temps, tôt ou tard, ils essayeront de planter leur drapeau noir sur les collines". "C’est pour ça que j’ai tout ça", dit-elle en tapotant doucement un calibre 45 et un pistolet ceinturés à sa taille". Le New York Times raconte comment "des groupes qui se targuent de représenter l’État Islamique recrutent les jeunes, en promettant argent et aventure. "Si le gouvernement ne les éradiquent pas, conclue Asiong, 60 ans et vétéran de l’armée, il ne nous reste plus qu’à nous battre nous-même jusqu’à la mort, il faut se rendre à l’évidence, les Philippines sont tout simplement devenues la nouvelle terre de leur jihad".
Reportage à retrouver dans Le New York Times.

Et puis, en France, certains journaux se font des petites frayeurs.

Oui comme Le Parisien qui alerte sur "le grand plongeon de la production mondiale de vin, moins 19% de volume pour la France. Gels, sécheresses, grêles, tous les vignobles ont été touchés, écrit Marc Lomazzi, mais pas de panique, le directeur adjoint de l’Organisation internationale du vin précise qu’il y a bien assez de réserve sur le marché français, il n’y a pas de pénurie en perspective".

Et puis, vous parliez du beurre hier, il fait encore la Une du Populaire du Centre et de La Voix du Nord, le quotidien qui fait la suggestion suivante : "face à la crise, consommez local".

"L’effet psychologique du mot "pénurie" a eu son petit effet, écrit le journal, Bruno et Catherine, petits producteurs au sud de Lille préfèrent en sourire : « on a même une cliente qui est repartie avec 10 plaquettes !".
Une autre productrice raconte qu’elle s’est littéralement "payé le luxe de rembarrer une grande surface : "ils m’en demandaient 3,70 euros la livre, dit-elle, alors que le juste prix de mon beurre c’est quatre euros, donc je n’ai pas cédé… Gardons les pieds sur terre, on trouvera toujours du bon beurre près de chez soi". La Voix du Nord vous renvoie d’ailleurs au site internet ouacheterlocal.fr qui recense les petits producteurs.

Enfin frayeur concernant une autre icône française : le foie gras, c’est à lire dans les pages Éco du Figaro. "Y en aura-t-il à Noël ?", s’inquiète le journal qui note que "l’offre est en chute de 44% sur le marché cette année". Les virus successifs n’ont cessé de décimer les élevages depuis 2015. Mais là non plus, pas de risque de pénurie d’après Le Figaro.
Comme quoi, il faut toujours aller au-delà des titres et lire les articles.

Enfin, au milieu de toutes ces petites frayeurs, il y a un sourire.

Oui, un sourire rond et bonhomme, celui du chanteur américain Fats Domino, disparu hier à 89 ans et qui a si bien chanté, non pas la frayeur, mais "le frisson sur la colline".

Fats Domino, en Une de Libération : "l’autre inventeur du rock". Parce qu’il n’y a pas qu’Elvis dans la vie. "Enfant de la Nouvelle-Orléans, bercé par le jazz avant de se révéler dans le rythm’n’blues, c’est lui qui a offert le rock à Elvis Presley, rappelle Eve Beauvallet et Olivier Lamm… Le King, grand "invisibilateur" blanc des pionniers noirs rendit d’ailleurs à César son dû dès 1957 : "le rock’n’roll existait bien avant que je débarque, confiait Elvis, Personne n’est capable de chanter cette musique comme les gens de couleurs et, soyons honnêtes, je suis incapable de chanter comme Fats Domino !".
Libération qui retrace la vie d’un garçon pauvre et potelé, travaillant à l’usine dès 11 ans et passant toutes ses soirées sur le vieux piano droit familial. "Domino a enchainé plus de hits que n’importe quel autre musicien de sa génération. Excepté Elvis".
Le journal gratifie finalement Fats Domino d’un surnom grandiose : "la légende", "comment le qualifier autrement ?", demandent les journalistes. Et oui, il y avait bien le "king", mais c’était déjà pris.