À la Une : avis de tempête sur l’information

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans vos journaux ce matin, avis de tempête sur l’information.

Avec en ligne de mire la qualité de l’information, et la recherche d’une distinction entre la vraie et la fausse.
C’est Emmanuel Macron qui lance le débat. Hier soir, lors de ses vœux à la presse, le président a annoncé qu’un texte de loi serait déposé "prochainement pour lutter contre les fake news en période électorale".
"Les plateformes internet [comme Facebook et YouTube] se verront imposer des obligations de transparence sur tous leurs contenus sponsorisés, résument Les Échos".

"En cas de propagation de fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé, permettant de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, voire d’en bloquer l’accès".

Un train de mesures que le site du Huffington Post qualifie de "grand flou".
"Macron veut faire tomber les fake news sous le coup de la loi, mais desquelles parle-t-il ? Demande Alexandre Boudet. Certaines sont déjà passibles de poursuite en justice. La loi prévoit par exemple la possibilité de porter plainte pour divulgation de fausses informations, le président le sait d’ailleurs très bien, écrit le journaliste, puisqu’il a lui-même porté plainte contre X pendant la campagne présidentielle".

Mais mis à part cet article du Huffinton Post, cette annonce suscite peu d’analyses ce matin.
En fait, ce qui retient l’attention de vos journaux, c’est plutôt l’autre partie du discours d’Emmanuel Macron : celle sur les rapports entre la presse et le pouvoir.

"Le président a résumé son état d’esprit vis-vis des journalistes, rapporte Bruno Dive dans Sud-Ouest : Ni confidences, ni connivences, mais une saine distance et moins de proximité".
Disons-le, on sent comme un léger soulagement dans le ton des articles, soulagement d’une presse qui vit très mal, depuis 8 mois, le silence élyséen à son égard…
"Ce ne serait là qu’un malentendu, écrit Bruno Dive"
"Parce qu’une fois n’est pas coutume, ajoute Nathalie Segaunes dans l’Opinion, le président a enseveli la presse sous un tombereau d’éloges, rappelant que la liberté de la presse est la plus haute expression de la liberté".
Séduit aussi : Jean-Michel Bretonnier dans La Voix du Nord : "on est d’accord sur ce point avec le président, dit-il, pas de démocratie sans liberté de la presse !".

Certes, enfin derrière l’éloge du quatrième pouvoir, "le président commente l’actualité depuis les réseaux sociaux, nuance Jean-Michel Servant dans Midi Libre, il se met en scène dans des magazines et fête son anniversaire chez Cyril Hanouna. Bref, il confond information et communication. Mais ! Mais, ajoute Servant, on est heureusement loin des élucubrations du président des États-Unis, Donald Trump, qui a annoncé, lui, qu’il remettra des prix aux médias les plus malhonnêtes de l’année".

Voilà, c’est peut être aussi pour ça que le mécontentement de la profession vis-à-vis d’un président mutique est retombé : parce que, quand on se compare, on se rassure.

Justement, Donald Trump fait encore la Une de nombreux journaux ce matin.

Oui, par exemple en première page du Figaro : photo du président américain, un téléphone portable dans la main et l’index sur l’écran : "Trump : des salves de tweets qui déroutent le monde", titre le journal qui égrène les messages tous plus baroques les uns que les autres.
Sur le Pakistan, la Palestine, l’Iran et surtout, ce tweet lancé mardi à l’adresse du dirigeant Nord-coréen, Kim Jung-Un : "il vient déclarer que le bouton nucléaire est constamment sur son bureau ? Eh bien moi aussi j’ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et puissant que le sien, et mon bouton à moi fonctionne !".

"Déroutant", comme dit Le Figaro qui désespère de comprendre quelle est la stratégie derrière cette attitude et rapporte l’hypothèse du Washington Post : "l’explication la plus charitable, c’est qu’il a adopté la théorie du fou, inaugurée par Richard Nixon, autrement dit faire en sorte que ses adversaires le croient capable de décisions irrationnelles. Mais pour l’instant, ajoute le Figaro, force est de constater que personne à la Maison Blanche n’est capable d’inscrire les tweets présidentiels dans un calcul réfléchi". Un analyste va jusqu’à évoquer des troubles "psychologiques".

Alors, stratégie ou pathologie ?
A défaut de pouvoir dégager une explication solide, vos journaux rapportent les esclandres trumpiens en s’amusant dans les titres.
En l’occurrence, le même titre, au mot près pour Libération, le Figaro, l’Opinion, Le Dauphiné ou encore Le Parisien : "la guerre des boutons".

Bref, on n’a pas d’explications mais on a des jeux de mots.
L’autre titre, incontournable ce matin, c’est la tempête Eleanor.

Oui, 1 mort et 26 blessés en Une de quasiment toute la presse quotidienne régionale.
Photo d’un arbre brisé en deux par les rafales pour Nice-Matin, le Courrier Picard et l’Est Eclair.
Un toit arraché pour le Républicain Lorrain, une tempête de neige pour le Dauphiné… Ou encore une vague submergeant le front de mer pour le Parisien, qui s’interroge : "va-t-on devoir s’y habituer ?".

Pour répondre, le journal propose en page 3 de débusquer les fake news sur le sujet, et trie le vrai du faux.
"Eleanor est une tempête hors norme ? C’est faux.
Doit-on craindre de nouvelles tempêtes ? C’est vrai.
On sait les prévoir à 100% ? C’est faux.
Enfin, ces phénomènes sont liés au changement climatiques ? C’est faux et c’est vrai, explique le Parisien : les tempêtes sont un phénomène hivernal classique, mais en même temps, leur effet dévastateur est amplifié à cause du niveau des océans qui monte chaque année de trois à cinq millimètres, en raison de la fonte des glaciers au pôle".

Et puis, puisqu’on parlait de la presse et de la production d’information, il y a aussi, niché en page 5 de La Croix, ce billet grinçant d’Alain Rémond :
"vous l’avez sans doute remarqué, écrit-il, dès qu’il y a une tempête, les chaines de télés dépêchent des envoyés spéciaux pour interroger des quidams qui, au mépris des injonctions supérieures, se plantent sur le rivage pour regarder les vagues.
C’est alors qu’un passionnant dialogue s’engage : vous n’avez pas peur ? Ben non, j’adore voir la mer en pétard ! L’intérêt de ces images est proche de zéro, juge Alain Rémond, et je me demande si le rêve secret de la télé, ça ne serait pas de saisir sur le vif l’image d’une vague énorme engloutissant le quidam interrogé. L’inconscient de la télé crève parfois tellement les yeux que c’en est gênant. Mais, conclue-t-il, je dois avoir mauvais esprit".

De quoi bien définir le cercle des renvois de culpabilité : la presse écrite critique la télé, qui critique Internet, qui critique la subjectivité et la soumission de la presse et ainsi de suite.

Enfin, il y a une personnalité ce matin qui porte un regard très critique sur "le fonctionnement médiatique" en général, c’est Najat Vallaud-Belkacem.

Oui, l’ancienne ministre de l’éducation donne une interview dans l’Obs.
 Il en est principalement ressorti qu’elle ne sera pas candidate pour prendre la tête du PS, mais ce qu’on lit surtout dans cet entretien, c’est un véritable réquisitoire contre la loi "du buzz et de la polémique permanente".

Elle fustige "le commentaire quotidien qui devient une règle médiatique et qui empêche de réfléchir (…) on ne peut pas se satisfaire du seul spectacle entre commentateurs, polémistes et adversaires politiques qui finissent par se caricaturer eux-mêmes, explique Najat Vallaud Belkacem.

Ce qui transpire des réseaux sociaux, des chaines d’info en continu et du discours dominant à longueur de journée, c’est l’émotion immédiate, le sensationnel, le confort des préjugés, un bain général, mêlé d’ultralibéralisme au plan économique, d’individualisme au plan social et de délégitimation des idéaux politiques".

Elle explique que c’est pour ça qu’elle veut prendre du champ et "s’engager autrement" en prenant la tête d’une collection d’essais chez l’éditeur Fayard.
"Je veux vraiment réfléchir, conclue-t-elle, et comprendre d’autres mondes que le seul monde politique".