À la Une : attentats du 13 novembre, deux ans après

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, de nombreux dossiers sur le 13 novembre 2015.

Oui, deux ans après les attentats de Paris et Saint-Denis, "La France n’oublie pas", titre par exemple la Nouvelle République.
Et le mot qui revient le plus souvent est sans doute « mémoire », en Une de la Dépêche du Midi, du Maine Libre ou encore de La Croix.
Pour l’illustrer, cette mémoire, il y a cette photo prise il y a deux ans d’une jeune femme toute habillée de noir, en pleurs devant une montagne de bouquet de fleurs déposés près du Bataclan, elle est en Une du Télégramme, de l’Est Républicain et de l’Alsace.

Au-delà des témoignages de victimes, il y a aussi le dossier du Figaro qui explique combien la menace est toujours prégnante.

Mais, à en croire l’Humanité, il est d’autant difficile de faire face que les moyens matériels ne suivent pas.
Avocats et magistrats l’affirment : il n’y a pas assez de juges pour gérer les 450 procédures en cours. "Dans le bureau du juge d’instruction, raconte le président de l’Association des victimes du 13 novembre, la peinture pèle, le bureau est encombré de dossier, et le greffe, débordé, fait pleins d’erreurs. On a même envoyé des courriers de convocation à des personnes décédées".
Sachant que le renseignement, lui aussi manque de moyens : "face à 2.000 personnes impliquées dans les filières irako-syrienne, la DGSI ne peut mener qu’une quarantaine de surveillance simultanée", écrit l’Humanité.

Enfin, face aussi terrorisme, il ne faut pas oublier la liberté.

C’est l’appel lancé par le quotidien l’Opinion : "l’émotion et la peur justifient chaque fois davantage, et pour une efficacité incertaine, un recul des libertés, un repli de l’état de droit", écrit Rémi Godeau dans son édito, il fustige le "tout sécuritaire", "la banalisation de l’état d’exception", et cite Tocqueville pour dire combien la puissance publique "dérobe peu à peu à chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même".
"Pourtant le respect revendiqué des valeurs de l’État de droit constitue aussi et d’abord une défense contre la barbarie terroriste", conclu Rémi Godeau.
De quoi faire légèrement bourdonner les oreilles de l’exécutif.

L’exécutif, c’est Emmanuel Macron, qui, en plus de l’hommage aux victimes du 13 novembre, est attendu cette semaine sur un tout autre sujet.

Oui, le dossier de la politique de la ville. Le chef de l’État se rend aujourd’hui à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis avant d’aller à Roubaix dans le Nord.
"Et les attentes sont immenses écrit, Le Parisien, les élus des quartiers populaires fustigent des ministres à l’écoute, certes, mais déconnectés". Stéphane Troussel, le président du conseil départemental résume : "depuis six mois, Emmanuel Macron n’a cessé de rogner sur les territoire pauvres, baisse des APL, baisse de crédit, diminution des emplois aidés, qu’il nous montre qu’il n’est pas le président des riches !".

Parmi les urgences, il y a l’emploi bien sûr, mais aussi le désenclavement de ces quartiers. Reportage à lire notamment dans Libération sur l’attente des habitants de Clichy-Sous-Bois auxquels Nicolas Sarkozy avait promis une ligne de métro. C’était il y a dix ans, une petite éternité déjà.

Mais il y a pire en terme de délai. Pour preuve, ce titre l’édition de Roubaix du quotidien Nord Eclair : "Trente ans qu’on n’avait pas vu de président !". Avec en première page, une photo en noir et blanc de François Mitterrand.

"Ça fait 34 ans", précise La Voix du Nord qui donne la parole à Guillaume Delbar, maire de Roubaix : "il faut en finir avec des méthodes de l’ancien monde qu’on ne souhaite plus voir".

Autant de colères que l’Élysée essaye visiblement de désamorcer, en témoigne cette confidence d’un proche d’Emmanuel Macron : "le président s’est rendu compte qu’il y a là un sujet, dit-il, il a senti le danger".
Nous voilà rassurés…

Autre titre ce matin, la COP 23 qui entame sa deuxième semaine de discussion à Bonn en Allemagne.
Oui et "cette 23e conférence sur le climat se déroule dans une ambiance tendue, titre Les Échos, les pays en développement bataillent pour demander aux pays développés de tenir leurs engagements". En ligne de mire notamment, la réduction des gaz à effet de serre, un sujet sur lequel la Chine et l’Inde soupçonnent la COP de faire l’impasse.

Justement, en parallèle, l’Inde subit un épisode de pollution gigantesque. Reportage dans la capitale New Delhi à lire dans La Croix.

"Ici, respirer l’air revient à fumer 44 cigarettes par jour, écrit Vanessa Dougnac, et le ministre en chef de Delhi qualifie même la capitale de véritable chambre à gaz".
La journaliste décrit les irritations aux yeux, à la gorge, les 4.000 écoles publiques fermées, le secteur du bâtiment arrêté, les camions interdit d’entrer dans la ville et ces indiens, les plus fortunés, qui investissent dans des masques de protection. "Les causes sont connues, il y a la combustion des déchets, les poussières des chantiers, et surtout la circulation automobile, avec une expansion effarante, écrit La Croix, 1.400 nouvelles immatriculations chaque jour. Pourtant la vie continue, les marchés sont fréquentés et les petits jouent au parc : "j’ai honte, conclue une avocate, cachée sous son étole, honte de ce que nous allons laisser en héritage à nos enfants".
Reportage à lire donc dans La Croix.

Enfin, une note d’optimisme : "nous vivons dans l’ère la plus pacifiée que l’humanité ait jamais connu".

C’est ce qu’affirme le psychologue et professeur à Harvard Steven Pinker dans une interview accordée à Society. Il vient de publier une somme sur le sujet intitulée "La part d’ange en nous, histoire de la violence et de son déclin".

À l’aide de milliers de rapports et d’études menées par des historiens et des sociologues, il démontre que "le taux d’homicides en Europe est par exemple passé de 100 pour 100.000 personnes par an, à un pour 100.000 personnes en l’espace de cinq siècles, que la fréquence des viols a chuté de 85% aux États-Unis entre 1979 et 2006, ou encore que les tueurs en série sont moins nombreux : 141 dans les années 90, contre 61 dans les années 2000".

"Vous pensez que nous pourrons un jour atteindre un monde sans violence ?", demande Society.
"Non, en revanche, certaines forme de violence peuvent s’approcher de zéro, c’est arrivé dans l’histoire, par exemple les sacrifices humains ritualisés ont pratiquement disparu, la peine de mort recule dans le monde, les marchés aux esclaves aussi, le crime diminue".
Parmi les pistes qu’il donne pour conjurer l’angoisse et l’idée d’un monde toujours plus dangereux : éteindre la télé, ou du moins, se mettre à distance des images anxiogènes du journal télévisé.