2017 : la nouvelle année à la Une de la presse

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La revue de presse est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Entre prédictions et volontarisme, les journaux se concentrent sur le début de l'année 2017.

Ce matin en Une de vos journaux on imagine déjà 2017 : il y a ceux qui se lancent dans les pronostics : Aujourd’hui en France : croissance, emploi, nos prévisions pour 2017. Les Echos : Bourse : ce que réserve 2017. Et puis il y a les volontaristes : l’Humanité et ce dessin de Coco, cotillons et verres de champagne : lutte, fête et résistance ! et un petit verre. Dans l’Opinion, le programme n’est pas exactement le même : en 2017, si on déverrouillait la France ? Et Libération lance un appel : présidentielle : candidats, réveillez-vous !

Turquie

C’est hélas la première image de cette année 2017. Elle est en Une du Figaro, des brancards dans la nuit, des blessés évacués : la Turquie dans la spirale de la violence. Georges Malbrunot résume dans les pages du quotidien l’ambiguïté profonde de Recep Erdogan vis à vis de l’Etat Islamique, qui se paye aujourd’hui. "La chute d’Alep, écrit-il, a acté le basculement turc dans le giron russo-iranien". Mais la prochaine bataille se jouera à Idlib où sont réfugiés la plupart des rebelles anti-Assad, à l’exception de l’Etat Islamique. Ankara pourra-t-il refuser à Moscou le gel des salles d’opérations militaires en Turquie où sont distribuées les armes à destination des rebelles syriens ? Le nouvel ordre du monde se prépare. Reste à savoir quelle place voudront y tenir les Européens.

2017

Il y a d’abord tout ce qui change. La litanie habituelle des nouveaux tarifs, des nouvelles règles. Vous les trouverez dans le Parisien. Les vitres teintées interdites à l’avant des voitures, comme les pesticides pour l’entretien des espaces verts publics. Et puis, l’étiquetage obligatoire des plats cuisinés. Ils devront mentionner l’origine de la viande et du lait et seuls les produits 100% viande ou lait français pourront porter l’étiquette "produit d’origine française". Dans Les Echos, un représentant de l’agro-alimentaire s’inquiète. Les entreprises risquent de favoriser les fournisseurs français. On irait vers une renationalisation des approvisionnements. Bref, la transparence qui aboutit à ce que les consommateurs choisissent de faire vivre des paysans français, quelle horreur ! Les citoyens-consommateurs jugeront, et c’est tant mieux.

Libération a donné la parole à des personnalités pour qu’elles aiguillonnent les candidats à la présidentielle et Christophe Robert, délégué général de la fondation Abbé Pierre, a choisi de leur rappeler un chiffre : 50 %. Entre 2001 et 2012 le nombre de sans domicile en France a augmenté de 50 %. Le Parisien nous dit que les appels au 115 étaient hier trois fois plus nombreux qu’à l’accoutumée. Tout à coup, dans les brouillards givrants, on se souvient que des gens dorment dehors.

Que valent les prévisions ?

Il faut lire la chronique de Jean-Pierre Robin dans les pages économie du Figaro. Remarque anecdotique : 2017 est un nombre premier. Mais quelle certitude avons-nous pour cette nouvelle année ? Il y a trois sortes de connaissance possible concernant l’avenir. Tout d’abord, les choses certaines comme la caractérisation d’un nombre premier ou le fait qu’il y aura des élections au Pays Bas, en France et en Allemagne. Et puis il y a ce qu’on sait ne pas savoir. La relance budgétaire de Donald Trump va-t-elle doper l’économie américaine, relancer l’inflation et les taux d’intérêts ? L’euro va-t-il baisser ? Enfin, et c’est ce qu’il ne faut jamais oublier, il y a l’impensable, ce qu’on n’imagine même pas. C’est ce que les commentateurs contemporains, un peu trop surs de détenir le vrai et le bien, négligent. 

Le bien et le mal

L’autre texte à lire c’est l’interview croisée de Boris Cyrulnik et Tzvetan Todorov dans Le Monde. Une réflexion sur la capacité des individus à basculer dans la barbarie. Sans doute un des enjeux majeurs pour cette année qui s’ouvre. La tentation du mal, disent-ils, est marginale. Le plus dangereux est la tentation du bien. Le risque est la théorie de l’un, le Dieu unique, la vérité unique, qui font de l’autre un mécréant. Boris Cyrulnik rappelle aussi, en parlant des jeunes qui basculent dans le djihadisme, la phrase de Michelet : "quand l’Etat est défaillant les sorcières apparaissent".

Oui, vous sortez du réveillon, vous n’avez plus la tête aux agapes. Et pourtant, en buvant votre bouillon de légumes détox, vous pouvez vous pencher sur le dernier numéro de Jésus. Rien à voir avec Noël, il s’agirait plutôt du saucisson. La revue sur la grande aventure de la nourriture s’est posé la question : la bouffe est-elle de droite ? Convivialité ou tradition ? Parmi les hommes politiques interrogés, il y a ceux qui se veulent œcuméniques, qui célèbrent l’humanité et le partage et ceux qui instrumentalisent. Pour Julien Dray, la nourriture est généreuse, diverse, mélangée, donc de gauche. Mais les sociologues interrogés concluent que la vraie différence est entre catholiques et protestants, entre les anglo-saxons et nous, entre la jouissance anarchiste et l’utilitarisme. Bref, pour que tout le monde s’entende en 2017, il faudrait que tous les Français aient le réflexe du célèbre gastronome Brillat-Savarin. Il voit un lièvre qui court dans une vigne sous un pommier et il s’écrit "un civet parfait".