"Jupiter ne sourit pas"

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La Morale de l'Info est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Raphaël Enthoven analyse le portrait officiel d'Emmanuel Macron. Une photo qui ne laisse rien au hasard.

Vous revenez ce matin sur le portrait officiel du Président, qui a été dévoilé hier, une photo signée Soazig de la Moissonnière, où évidemment rien n'a été laissé au hasard.

Rien ! Pas même la couleur du ciel dont les nuages s'estompent dans le bleu.

 

D'ailleurs, le bleu est la couleur principale.

 

Comme de la France, dont la diversité est reflétée par six nuances : le bleu corail du drapeau français et l'azur du drapeau européen encadrent le bleu marine d'un costume lui-même fendu par le bleu minuit de la cravate que surplombe l'aigue-marine du regard.

 

Et les autres couleurs du drapeau sont moins présentes.

 

Le rouge est relégué au sol, entre le tiers tomate en bas de la bannière et la pourpre du bureau. Quant au blanc, il se présente partout comme la seconde couleur. Le blanc des nuages est mangé par le bleu du ciel, le blanc du drapeau est en position intermédiaire et le blanc de la chemise sert de support à la cravate. Le doré, enfin, souvenir de royauté, fournit à la fois, des ouvrants de la fenêtre aux piques des drapeaux, le cadre et la périphérie de cette composition.

 

Une composition dont les objets, non plus, ne sont pas innocents.

 

Dans le sillage du drapeau français, on trouve un encrier surmonté d'un coq, les mémoires de guerre du Général de Gaulle ouverts à une page choisie, et deux IPhone que la main recouvre : Identité, éternité, modernité. A l'inverse, sous le drapeau européen, on ne voit qu'une horloge et deux livres clos : autrement dit, l'Europe est à la France ce que le temps est à l'éternité, mais également ce que l'avenir est au présent, et ce que l'action est à la méditation.

 

Reste le corps lui-même du président. Vertical et symétrique.

 

Ni l'un ni l'autre ! Il n'est pas vraiment vertical, puisqu'il repose un peu sur le bureau, dans une sorte de station debout-assise Et il n'est pas symétrique puisque c'est surtout son profil droit, côté Français, qu'il présente. Le côté européen du visage est un peu dans l'ombre, mais la végétation au troisième plan, elle, à l'image des pensées, est plus élevée du côté de l'Europe que du côté de la France. Traduction : j'ai les pieds dans mon pays, mais mon ambition me porte vers le continent.

 

D'ailleurs, quand on observe la photo de près, on s'aperçoit que le visage lui-même est dissymétrique, puisqu'il ne sourit que d'un côté.

 

Et c'est là que le bât blesse !

 

Pour quelle raison ?

 

Parce qu'un sourire est toujours une malice, surtout s'il est en coin. Or, la malice n'a rien à faire ici. Soit le sourire est l'effet de la lumière du projecteur qui plisse insensiblement le visage, auquel cas ça laisse entendre que le président est sensible à la lumière - ce qui ne va pas. Soit, il s'agit d'une concession à l'air du temps et la nécessité de paraître sympathique, auquel cas ça sonne aussi faux que l'introduction d'un drame bourgeois dans une pièce classique. Quoi qu'il en soit, le sourire introduit non pas de l'humanité, mais de la mobilité dans une image qui a vocation, par la fixité dont elle témoigne, à entrer dans l'histoire.

 

La morale de l'info ?

 

Jupiter ne sourit pas.

 

 

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