A-t-on le droit de désobéir ?

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La Morale de l'Info est une chronique de l'émission Europe matin
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Un droit de désobéir, c'est (littéralement) un droit de bafouer le droit. On peut le faire, bien sûr. Mais ça n'est pas un droit.

Suite et milieu d'une semaine de préparation au bac philo dans LMDI. Après avoir parlé de politique et d'art, c'est la question de la désobéissance que vous envisagez aujourd'hui : "A-t-on le droit de désobéir?" C'est le sujet du jour.

C'est le sujet de tous les jours ! Pourtant, à première vue, la question n'a aucun sens.

Pourquoi ?

Parce qu'on n'a jamais le droit de désobéir ! Ce serait contradictoire. C'est le droit qui fixe la limite. Un droit de désobéir, c'est (littéralement) un droit de bafouer le droit. On peut le faire, bien sûr. Mais ça n'est pas un droit.

Donc la question posée n'a aucun sens ?
Non. Mais elle demande qu'on la creuse un peu. Si la désobéissance s'oppose au droit, elle ne s'oppose pas à la loi, car c'est toujours au nom d'une loi supérieure qu'on désobéit aux lois instituées. Quand Antigone se donne le droit de désobéir à Créon, et rend les hommages funéraires à son frère Polynice, peu lui importe de savoir qu'en vertu des lois de Thèbes, elle sera murée vivante : le principe auquel elle se soumet transcende les lois amovibles que les hommes fabriquent. 

Donc la désobéissance est, à sa manière, une façon d'obéir. Mais à un autre genre de lois ?

Disons que la désobéissance oppose des principes immuables à des lois qu'on peut défaire. Quand le philosophe américain Henry David Thoreau refuse d'acquitter six ans d'arriérés au fisc (parcequ'il ne veut pas verser un centime à un Etat qui admet l'esclavage et fait la guerre au Mexique), la désobéissance civile (dont il s'apprête à rédiger le manifeste) n'est pas la mauvaise humeur d'un citoyen qui désobéit pour désobéir, mais l'acte réfléchi d'un homme à qui l'éthique, l'amour et le sens de l'avenir ordonnent l'insoumission.

Seulement, vous l'avez dit vous-même : il y a aussi des gens qui désobéissent pour désobéir.

Ceux-là non plus ne désobéissent pas mais, au lieu d'obéir à une loi supérieure, ils obéissent à leur vanité. C'est toute la différence entre les héros (qui se révoltent) et les rebelles (qui font des quenelles). Les héros construisent. Les rebelles contestent. Les héros s'insurgent. Les rebelles s'indignent. Les héros résistent à l'occupant nazi parce qu'ils croient à la liberté ; les rebelles protestent contre l'état d'urgence parce que ça les occupe et qu'ils aimeraient bien, eux aussi, avoir une dictature à combattre.

Autrement dit, on a le droit de désobéir quand la désobéissance est portée par un amour, et non pas seulement par un refus.

Exactement ! Comme aurait dit Camus, désobéir, c'est dire oui, avant de dire non. Et du coup, on peut facilement répondre à la question posée : on a le droit de désobéir quand la désobéissance elle-même produit du droit. Qd il ne s'agit pas seulement de faire le malin, de casser du flic ou de vomir le système, mais d'augmenter la liberté et de changer la vie, en conquérant, par ex, le droit à l'IVG - ou à l'euthanasie.

La morale de l'info ?
La désobéissance, c'est l'origine du droit.

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