Marine Le Pen peut gagner la présidentielle !

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L'édito politique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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La candidate du Front national a déjà gagné sur le débat idéologique et le "plafond de verre" du second tour pourrait bien se rompre.

La politique c'est  Marine Le Pen, qui au Grand rendez-vous d’Europe 1 hier a tendu la main hier à certaines personnalités de droite comme Henri Guaino (LR) et Nicolas Dupont-Aignan (DLF). Elle appelle le camp des patriotes à se ranger derrière elle. Un peu, comme si elle avait déjà gagné. Est-ce que c’est simplement un propos de campagne classique, ou bien est-ce qu’il faut désormais prendre au sérieux l’hypothèse d’une victoire du Front National en mai prochain ?

Il faut plus que jamais la prendre au sérieux ! En fait, il faut se mettre ça dans le crâne une bonne fois pour toutes : Oui, Marine Le Pen peut gagner la Présidentielle ! D’abord parce qu’elle a déjà gagné le débat idéologique : repli sur soi, défiance vis-à-vis de l’Europe, peur des immigrés. Ce sont ses thèmes à elle depuis toujours et ce sont eux qui occupent l’espace politique presque sans partage. Ensuite, elle est servie par l’actualité. La casse à Bobigny, c’est du pain béni de même que les attentats déjoués qui nous rappellent à tous la menace terroriste. La nouvelle mode, aussi, qui consiste à cogner sans discernement sur les journalistes, c’est quasiment elle qui l’a inventée mais aujourd’hui tout le monde le fait : François Fillon bien sûr, Manuel Valls pendant toute sa campagne de la primaire, Emmanuel Macron aussi, par exemple, qui accuse les médias d’être paresseux. Ça ne coûte pas cher, ça rapporte dans l’opinion, pensent-ils, et peu importe si ça favorise le raz de marée des thèses complotistes. Sauf que tout ce qui fait peur, tout ce qui flatte les pires instincts conforte l’électorat de Marine Le Pen.

Et le fameux plafond de verre qu’elle n’est pas sensée pouvoir briser pour gagner au second tour ?

Le problème n’est pas le plafond de verre, le problème c’est le plancher. Le socle électoral de Marine Le Pen se solidifie quand celui des autres repose sur du sable. La droite est empêtrée dans les affaires : François Fillon essaie désespérément de garder la main sur son camp, mais l’effritement se voit à l’œil nu. Le vote catholique, par exemple, on le lui croyait acquis après la primaire, la tartufferie dont on l’accuse pourrait bien le lui faire perdre. Quant à la gauche, elle reste à ce stade éparpillée. Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon n’arrivent pas à se joindre au téléphone, et le ralliement de Yannick Jadot qui devait se passer comme sur des roulettes semble bien plus compliqué que prévu. Enfin Emmanuel Macron n’a toujours pas de programme identifié et préfère philosopher sur sa "dimension christique". Seul bémol, le socle de Marine Le Pen est solide mais encore trop étroit, c’est pour ça qu’elle tend la main, qu’elle envoie des signaux, mais, n’en doutez pas,  si le plancher s’effondre pour tous les autres, elle n’aura plus de problème de plafond.