Manuel Valls se trompe-t-il de campagne ?

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Alors que l'idée d'espoir a toujours été favorable aux candidats de la gauche, Manuel Valls préfère faire campagne avec la peur comme axe principal.

La politique c’est la campagne de Manuel Valls. Il engrange les soutiens, 13 ministres, 150 parlementaires ou le président de l’assemblée nationale Claude Bartolone et pourtant il refuse d’endosser le rôle de favori, il le répète ces derniers-jours, il est le  challenger.

Quand on est premier ministre sortant, qu’on a les légions de parlementaires les plus massives derrière soi et le soutien d’une petite moitié du gouvernement on est perçu comme le favori. C’est comme ça et Manuel Valls s’était préparé pour ce rôle. Mais l’atterrissage, le choc avec la réalité, lui a un peu brisé les ailes. Il s’agace lorsqu’ une militante l’apostrophe parce qu’elle le juge incapable de rassembler après avoir fracturé la gauche comme Premier ministre. Il s’énerve contre les journalistes à la sortie d’une réunion "C’est vous qui représentez un système dont les Français ne veulent plus ". Manuel Valls, est crispé, tendu et il redoute de tomber dans le piège de la position de favori qui s’est refermé sur Alain Juppé avec l’issue que l’on connaît.

Qu’est-ce qui coince ? Qu’est ce qui ne fonctionne pas dans son début de campagne ?

Alain Juppé. La comparaison est juste, Manuel Valls le pressent sur le piège du favori. Mais il y a un autre écueil intéressant si on pousse la comparaison. Alain Juppé a fait campagne au centre et à gauche dans la primaire de la droite, il s’est trompé de cible. Effet miroir : Manuel l’axe principal de sa campagne c’est l’autorité, du besoin de protection des Français dans un monde dangereux contre le géant chinois, la menace Poutine ou l’Europe en péril. Il mise sur les réflexes défensifs, sur la peur pour l’emporter. Parce qu’il est convaincu que les Français, traumatisés par les attentats, ont besoin d’autorité et de protection. C’est sans doute vrai en particulier pour le peuple de droite mais est-ce l’aspiration du peuple de gauche ? "Réenchanter le rêve français" c’était le slogan d’un certain François Hollande dans la primaire de 2011. Il y a toujours à gauche cette idée que les campagnes électorales doivent susciter de l’espoir,  une part de rêve avant parfois des lendemains qui déchantent. La part de rêve dans la campagne de Manuel Valls elle est aujourd’hui quasi inexistante.