Les effets pervers d’une majorité écrasante pour Macron

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Antonin André nous livre son édito politique, à quelque jours du premier tour des élections législatives.

Les candidats en Marche en tête dans 10 circonscriptions des Français de l’étranger sur 11. Faut-il il voir un signe annonciateur d’un raz-de-marée du parti du président aux législatives ? C’est en tous cas une hypothèse crédible.

D’abord disons-le un éventuel raz-de-marée en marche qui paraît probable aujourd’hui, n’était absolument pas écrit. Il faut le rappeler. La capacité de résistance des partis installés, l’implantation du vote Front National, le succès relatif mais réel des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon. Tout cela l’incitait à la prudence. Aujourd’hui, ces premiers résultats et  les remontées du terrain lui annoncent une majorité forte, voire absolue,  voire écrasante. 350, 380, 400 députés ? Plus de 400 ? Une fois encore ce n’est pas certain, ce n’est pas joué, mais c’est possible. La dynamique en Marche, alimentée par les Français de gauche et de droite,  est un rouleau compresseur qui potentiellement peut écraser, compacter ses opposants.Et faire d’en Marche un parti hégémonique, sans contradicteur à sa mesure.

Le seul précédent c’est 1993, l’Union Pour la France conduite par Jacques Chirac emporte 472 sièges sur 577, mais 472 répartis entre deux partis : le RPR et l’UDF. Cette éventuelle hégémonie du seul parti du président aura  des conséquences sur le fonctionnement de la démocratie.

En même temps c’est la démocratie : les citoyens votent et choisissent de donner une écrasante majorité au chef de l’État. C’est, si cela arrive, incontestable et parfaitement démocratique.

Le Front National, plus de 11 millions de voix à la présidentielle : 10 ou 15 députés à l’assemblée nationale.

Les Insoumis plus de sept millions de voix à la présidentielle : une poignée de députés pour les représenter. La question de la représentativité de tous les électeurs, dans un scrutin majoritaire où les conditions pour se maintenir au second tour sont très contraignantes peut se poser dès le lendemain des législatives. Et voilà que ressurgit la question récurrente de l’introduction d’une dose de proportionnelle. C’est l’une des quatre conditions posées par François Bayrou et acceptées par Emmanuel Macron au moment de leur accord. Cette question institutionnelle se posera plus vite que prévue en cas  de raz-de-marée en marche. D’autant qu’il ne s’agit pas simplement de faire vivre le débat démocratique, la contradiction, mais de faire vivre les partis tout court. Les financements publics annuels des partis sont directement liés au nombre de députés élus sous leurs bannières. Emmanuel Macron candidat s’était promis d’en finir avec la vieille politique des vieux partis, le Président Macron tient entre ses mains leur survie si sa victoire écrasante les réduit à quelques strapontins à l’assemblée.