La rentrée sera délicate pour Emmanuel Macron et sa majorité

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L'édito politique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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À l'image de la polémique sur la baisse des APL, Emmanuel Macron estime qu’il est temps de resserrer les boulons au sein de sa majorité.

L'édito politique d'Europe1 avec Jean-Jérôme Bertolus, éditorialiste politique à l'Opinion.

Ce matin, il fallait revenir sur les propos d’Emmanuel Macron sur la baisse des APL, les aides personnalisées au logement. Selon le Canard Enchainé, le Président a estimé qu’il s’agit "d’une connerie sans nom".

Selon le Canard, le Président s’est carrément énervé face à l’ensemble des dirigeants de la majorité de La République en Marche réunis à l’Élysée. C’était il y a une semaine, le 26 juillet dernier, Emmanuel Macron aurait souligné : "Pas la peine de se retrouver dans des débats complètement dingues qui n’ont fait l’objet d’aucun engagement".

Les propos du Chef de l’État signifient-ils que cette mesure va-t-être abandonnée ? Claire O Petit, la députée qui avait demandé aux jeunes d’arrêter de pleurer, a déjà indiqué déjà que cette baisse de cinq euros ne s’appliquerait que deux mois. Comment le sait-elle ? Mystère. Mais il faut dire que cette mesure sur les APL est, elle-même, un mystère : qui à Bercy l’a décidé et surtout pourquoi ? Puisque cette baisse de cinq euros ne rapporte pratiquement rien pour un coût politique très élevé. Cela a permis à l’opposition, de droite et de gauche, de sortir du coma.

Le mois de juillet a donc montrer une majorité encore en rodage et le mot est faible, alors que les lettres plafond arrivent cette semaine dans les ministères, c’est à dire concrètement les économies demandées par le ministre du budget à tous ses collègues du gouvernement. Là on ne parle plus d’économie de bout de chandelle, comme avec la baisse des APL mais de plus de quatre milliards d’euros pour rester dans les clous des 3% de déficit. À la rentrée, les discussions budgétaires s’annoncent donc houleuses.

Comme le prouve cette réunion à l’Élysée, le Président de la République estime qu’il est temps de resserrer les boulons, de siffler la fin de la récréation au sein de sa majorité ?

Oui mais la tâche est immense pour Emmanuel Macron. Jamais sous la Ve République un Président ne s’est retrouvé dans cette situation : les trois piliers de sa majorité, le gouvernement, le groupe En Marche à l’Assemblée et le futur parti En Marche sont encore largement en phase d’apprentissage. Le Président se retrouve donc très isolé.

Au gouvernement, certains ministres de la société civile sont aux abonnés absents. On ne les entends pas défendre la politique gouvernementale. Et alors que le Président n’a lancé pour l’instant qu’une seule réforme en profondeur, la réforme du marché du travail, Muriel Penicault, la ministre en charge de cette réforme, est de plus en plus inquiétée par la justice.

À l’Assemblée Nationale, on l’a vu tout au long du mois de juillet, les nouveaux députés du groupe en Marche commencent à peine à entrevoir que faire la loi ne s’apprend pas en un jour. (Surtout quand le patron du groupe, Richard Ferrand est lui aussi aux abonnés absents).

Enfin, le nouveau parti En Marche pour la République n’a toujours de dirigeants élus, capables de ferrailler avec l’opposition. Il faudra attendre l’automne. D’autant qu’hier la justice a donné plus de temps aux adhérents pour voter sur les nouveaux statuts du parti.

Il ne reste donc que quelques semaines à l’Élysée pour rendre ses troupes plus aguerries en vue d’une rentrée délicate.