La non campagne des candidats

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L'édito politique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Contrairement à la campagne de 2012, les candidats n'osent pas aller à la rencontre des Français.

La politique c’est la non-campagne présidentielle. Peu d’images, peu de déplacements, on a l’impression que les candidats ne vont pas au contact des Français et que tout se passe dans les médias et dans les meetings.

Pas de bains de foule, pas de places de marché, ni de déambulations… Les déambulations, c’était le mot clef de la campagne de François Hollande en 2012. Départ à six heures du matin de son QG parisien pour traverser quatre départements dans la journée, les journalistes suivant en bus, pour un retour à minuit après le meeting. Marchés, assemblées d’élus, exploitations agricoles et déambulations interminables qui épuisaient les journalistes. En 2007, on avait eu droit à la campagne carte postale de Nicolas Sarkozy passant une matinée entière à serrer les mains des commerçants et des touristes au Mont-Saint Michel ou en Camargue. À ce stade de la campagne, Les journalistes étaient rincés, essorés. Rien de tout cela en 2017, les principaux candidats se contentent d’un ou deux meeting par semaine, un discours et puis s’en va ou de visites de salon et de professionnels : les chasseurs, les apprentis, la fédération du bâtiment ou les médecins mais également une station de RER la nuit. Il n’y a pas de récit de campagne, pas de souffle, pas de rencontre directe  entre les candidats et les électeurs.

Comment expliquer cette  non-campagne ? C’est le fossé qui continue de se creuser entre les électeurs et leurs représentants ?

Exactement ! Les candidats ont intégré la colère des électeurs à leur endroit au point d’en avoir peur. Même Emmanuel Macron, le candidat rock star de la campagne, l’a mesuré lorsqu’il s’est pris un œuf en plein visage au Salon de l’agriculture. Oui, le fossé s’est creusé entre les Français et leurs dirigeants politiques : il y a  le procès en inefficacité qui frappent droite et gauche face à au problème du chômage, et puis il y a le procès en malhonnêteté. Il ne faut pas s’y tromper les affaires juridico-financières qui frappent François Fillon et Marine le Pen, éclaboussent l’ensemble du personnel politique. Cette défiance, elle se retrouve dans les enquêtes d’opinion sur la projection d’une abstention qui pour l’heure s’annonce particulièrement élevée pour une présidentielle au-delà de 30%, ce serait un niveau historique. Le précédent record étant une abstention à 29% en 2002 qui avait vu l’élimination du candidat socialiste au profit de Jean-Marie le Pen.