François Fillon, le risque du super-favori

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Pour David Doukhan, François Fillon doit faire attention à ne pas croire que l'élection de 2017 est joué d'avance.

Il est discret depuis la primaire... Après quelques jours au ski, François Fillon se repose dans la Sarthe. Avec la gauche en miette en face tous les sondages le donnent gagnant l’année prochaine. Mais attention, on n’a jamais gagné d’avance… Le risque pour François Fillon c’est de se transformer en Alain Juppé. Le super favori, qui parle peu, qui ne prend pas de risque et que tout le monde cogne sans relâche. En janvier vous allez avoir 8 heures d’antenne en prime time à la télévision avec les débats de la gauche. Aucun des candidats n’a intérêt au pugilat et vous verrez qu’ils tomberont tous d’accord pour expliquer que François Fillon représente un danger majeur pour la France.

Au même moment Marine Le Pen entrera officiellement en campagne. Le FN a d’office enterré la gauche donc ce sera haro sur Fillon. Il a déjà commencé avec des campagnes très rudes sur les réseaux sociaux où il accuse François Fillon d’accepter le communautarisme. Et les exemples de super favoris finalement battus, sont légion. Le cas Edouard Balladur par exemple hante les nuits des stratèges de François Fillon. Valérie Giscard d'Estaing était largement en tête des prévisions en 81 avant de finalement perdre face à François Mitterrand. Et puis il y a la vague de surprises de 2016, Hillary Clinton, le Brexit, à chaque fois, les pronostics démentis.

Alors comment éviter d’être victime de la malédiction du favori ? Reprenons la métaphore Juppé. Alain Juppé a pensé qu’en ne changeant rien, qu’en faisant campagne en restant au-dessus des vagues son avance serait suffisante pour le faire gagner. Énorme erreur, François Fillon doit choisir l’inverse quitte à se faire un peu violence, lui qui n’aime pas sillonner les médias. Alain Juppé a pensé imposer son positionnement modéré à un électorat de droite qui voulait de la radicalité. De la même manière Fillon pense imposer son programme ultra à une France effrayée par la potion libérale et par la purge des services publics.

Ce qui a excité le peuple de droite laisse l’ensemble des Français perplexe. Selon un sondage publié la semaine dernière 8 Français sur 10 estiment qu’il doit faire des concessions pour rassurer. C’est ce qu’avait fait le super favori de 2011. François Hollande avait rassuré ses partenaires écolos et avait calmé la gauche de son parti. Ça lui avait permis d’être porté par une gauche progressiste unie en restant favori presque tout du long. A ce stade François Filon prévient qu’il ne touchera pas au cœur de son programme, il veut annoncer la couleur, parce que lui ne veut pas de frondeurs l’année prochaine. Il veut pouvoir gouverner, mais avant de gouverner il faut gagner.