Édouard Philippe à Matignon : "Jusqu'ici tout va bien !"

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Antonin André nous livre son édito politique, quelques semaines seulement après la prise de fonction d'Édouard Philippe à Matignon.

L’édito politique c’est la relation entre le Président et le Premier ministre Édouard Philippe, invité ce matin de la matinale d’Europe 1, un homme de droite à Matignon au service d’un Président qui il y a peu était son adversaire. Est-ce qu’on peut parler d’une relation de confiance entre les deux hommes ?

Jusqu’ici tout va bien. Mais ce n’était pas écrit et on peut dire que le Premier ministre a réussi sa période d’essai sous la surveillance extrêmement serrée de l’Élysée. Par exemple, Emmanuel Macron a regardé, disséqué et évalué les deux passages au 20 heures de son Premier ministre ainsi que sa conférence de presse de présentation de la réforme du travail. La pression sur Édouard Philippe est à la mesure de l’attente du président. Pourquoi un tel enjeu ? Parce que dans l’architecture bâtie par Emmanuel Macron, le Premier ministre doit s’exposer, en première ligne, il assume et conduit la politique du gouvernement au sens plein. On en revient comme souvent avec le président à la lettre de la 5e République : le Premier ministre protège le président et pas l’inverse. À rebours de la pratique de Nicolas Sarkozy avec son collaborateur François Fillon et de celle de François Hollande parlant sur tous les sujets plusieurs fois par jour. Verdict d’Emmanuel Macron au terme de la période d’essai : ce sont les mots du président "Édouard Philippe fait le job, il tient la maison".

Jusqu’ici tout va bien, mais ce n’est que le début et l’exécutif bénéficie de vents très favorables.

En pleine lune de miel, le couple est harmonieux. Mais c’est à l’épreuve des crises que la solidité du couple exécutif sera réellement éprouvée. Et puis il y a un risque dans la pratique du pouvoir installée par Emmanuel Macron : en l’exposant fortement, en lui accordant les attributs d’un Premier ministre fort, il lui offre les habits d’un potentiel rival pour la suite. Comme lui, Édouard Philippe est jeune, comme lui il apparaît neuf, il est habile communicant et incarne une forme d’autorité, si de surcroît il conduit avec succès la très délicate réforme du travail, comment être sûr que son ambition ne finira pas par l’emporter sur sa loyauté. Manuel Valls fut longtemps surnommé monsieur loyal avant de pousser le président à s’effacer. Sans doute Emmanuel Macron en a-t-il conscience, notamment en se remémorant les mots d’Édouard Phililppe à son endroit pendant la campagne qui le décrivait en "un tribun adepte d’un populisme désinvolte qui n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier". Méfiance….