En rendant visite à Théo, Hollande devance la justice

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L'édito politique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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François Hollande s'engage en faveur de Théo, après sa violente interpellation à Aulnay-sous-Bois la semaine dernière.

François Hollande s’est rendu au chevet du jeune Théo à l’hôpital d’Aulnay-sous-Bois où il est soigné après une interpellation violente, alors que la justice est saisie.

C’est un geste politique très clair. Le président de la République, quand il se déplace au chevet des victimes, exprime sa compassion, son soutien et engage avec lui celui du pays.

Il se déplace au chevet de Théo, il salue "sa dignité, sa responsabilité" et, d'après les personnes présentes il est ému le président. Tout cela alors qu’une enquête judiciaire est en cours, que des policiers sont mis en cause pour des actes d’une extrême gravité.

Qu’est-ce que cela signifie ? Que le président prend parti ouvertement et fortement. Le geste de François Hollande est un acte engagé. Il met le poids de sa fonction, de son autorité du côté du jeune Théo : quoiqu’il ait fait, quel que soit son parcours, rien ne justifie les actes qu’il a subi. Implicitement il devance la justice et il condamne de fait les policiers.

François Hollande s’est toujours gardé de toute intervention dans le domaine judiciaire, il a toujours été très sourcilleux sur la séparation des pouvoirs. Et là il s’engage.

C’est "La Belle au bois dormant". François Hollande sort d’un long sommeil. Il vient de se réveiller après cinq ans d’exercice du pouvoir et il renaît comme il était : de gauche.
Celui qui a trahi en enterrant le droit de vote des étrangers aux élections locales, qui a porté la déchéance de nationalité et la loi travail vient de se rappeler qui il était.

Libéré de tout enjeu électoral il assume ses convictions : la justice dira ce qu’elle voudra, les syndicats de policiers joueront leur rôle, Théo est une victime quoi qu’il ait fait. Cela rappelle à Antonin André, toute proportion gardée, l’image de François Mitterrand qui, le 3 mai 1995, deux jours après qu’un jeune marocain ait été poussé dans la Seine par des militants d’extrême droite.

Le président se déplace pour lui rendre hommage en y lançant une rose. On est encore dans l’émotion, le temps judiciaire est à peine entamé, et le président s’engage. Ce que vient de faire François Hollande, être un président engagé politiquement, est en quelque sorte symboliquement ce que sa famille, la gauche, attendait depuis cinq ans.