Zimbabwe : quel avenir pour Robert Mugabe ?

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
Partagez sur :

Didier François revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Cette fois ça semble sérieux au Zimbabwe où le plus vieux dictateur d'Afrique devrait enfin démissionner dans la journée.

Robert Mugabe, 93 ans aux fraises et 37 années d'un règne sans partage, c'est un record absolu même pour le continent africain.

En fait, Mugabe est arrivé au pouvoir en 1980. Il est alors nommé Premier ministre de l'ancienne Rhodésie du Sud qui vient tout juste d'accéder à l'indépendance. Il déclenche immédiatement une guerre civile en s'appuyant sur son  parti, la Zanu, qui est officiellement d'inspiration marxiste mais qui est en fait un mouvement tribal. C'est le parti de l'ethnie Shona et son principal objectif c'est d'écarter ses concurrents de deux autres tribus de tous les postes de responsabilités, les Ndébélés et les Matébélés qui avaient créé un autre parti, la Zapu. Un conflit qui a quand même duré huit ans et fait 25.000 morts.

Ce n'était donc déjà pas très bien parti ?

Oui mais à cette époque Robert Mugabe avait eu un coup de génie pour éviter que les Britanniques ne le turlupinent. Il s'était présenté comme le protecteur des fermiers blancs face aux revendications de ses opposants, qui eux exigeaient la redistribution des terres. Il faut dire que quand on parle de fermiers blancs au Zimbabwe, on parle de 4.500 familles qui détiennent 30% des terres cultivables du pays. Donc d'immenses propriétés et des domaines extrêmement rentables qui nourrissaient la totalité du pays et faisaient rentrer énormément d'argent dans les caisses de l'État grâce à l'exportation. Pour vous donner un ordre d'idée, alors qu'ils représentaient 1% de la population, ces Zimbabwéens assuraient 80% du Produit national brut et dirigeaient de fait l'économie.

Mais sans jamais se mêler de politique ?

Oui, en gros jusqu'au début des années 2000. Mais lors des élections de 2008, la corruption et la dérive autoritaire étaient devenue telles que les Blancs ont finalement majoritairement rejoint l'opposition, ce qui a mis Robert Mugabe dans une rage folle et déclenché une répression terrible et un bras de fer très dur avec la communauté internationale. L'affaire aurait d'ailleurs pu durer encore longtemps si le vieux dictateur n'avait pas fait une très grosse boulette.

C'était la semaine dernière, alors que tous ses lieutenants attendaient sa retraite ou son décès pour reprendre les rênes du pays, Robert Mugabe a tenté de leur imposer son épouse comme successeur. Les caciques du parti ont immédiatement réagit et l'armée s'est déployée dans les rues pour exiger un passage de flambeau dans les règles au vice-président, Emmerson Mnangagwa, un apparatchik de 75 ans.

La démocratie peut encore attendre.