Une paix difficile en Colombie: les Farc lancent leur campagne électorale alors que l'ELN commet des attentats

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Didier François revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Direction la Colombie où les Farc participent, pour la toute première fois, à une campagne électorale.

Les guérilleros ont finalement décidé d'affronter les urnes même s'il reste, évidement, quelques irrédentistes.

Il va donc y avoir deux élections cette année en Colombie, des législatives en mars et une présidentielle en mai. La campagne commence cette semaine avec, c'est une grande première, la participation des Farc.

Après 53 ans de guerre civile, les guérilleros se sont enfin convertis au parlementarisme au point que les fameuses Forces armées révolutionnaires de Colombie, les Farc, se sont transformées en parti politique tout ce qu'il y a de plus classique. Elles s'intitulent désormais la Force alternative révolutionnaire de Colombie. Ça se prononce toujours Farc bien sûr mais, en revanche, tous ses adhérents ont bien déposé les armes l'année dernière après l'accord de paix signé en 2016 avec le gouvernement. Le mouvement a bien réintégré la vie politique du pays avec une nouvelle stratégie résumé en deux slogans : "Faire entendre la voix de ceux qu’on n’entend pas" et "faire voter ceux qui ne votent pas".

Il n'est pas dit que ça marche, reste que les Farc viennent de tenir leur tout premier meeting de campagne à Bogota, dans la capitale. En vedette, le commandant Rodrigo Londoño (dit Timochenko ou Timo), 59 ans dont 30 passées au maquis, qui est leur candidat à la présidentielle puisqu'il se présente face au chef de l'État avec lequel il a négocié l'arrêt du conflit, le dirigeant de centre-droit, Juan Manuel Santos.

Le processus de paix a donc finalement l'air de fonctionner pas trop mal ?

Dans l'ensemble c'est plutôt un succès, avec évidemment quelques difficultés quand même. D'abord, une petite partie des Farc a refusé de déposer les armes. En fait, la brigade qui était la plus impliquée dans le trafic de drogue (soit environ 150 dissidents dirigés par le commandant Guacho) et qui semble s'être vendu comme mercenaire aux cartels de narcos.

Il y a également un autre mouvement qui avait également engagé des pourparlers avec le gouvernement, l'ELN, l'Armée de libération nationale qui a subitement organisé trois attentats ce week-end contre des postes de police au cours desquels sept membre des forces de l'ordre ont été tués et plusieurs dizaines blessés. 

Est-ce que ces attaques sont de nature à renverser le processus de paix ?

À priori non ! D'abord parce que les Farc ont immédiatement condamné ces attentats en termes sans équivoques. Le président Juan Santos a d'ailleurs réagit très rapidement et très fermement, annonçant la suspension des discussions qui devaient avoir lieu aujourd'hui avec l'ELN. Il faut dire qu'il est soumis à d'énormes pressions de l'extrême-droite colombienne qui reste toujours très puissante, même si ses milices paramilitaires ont également été démantelées au cours du processus de paix.

On a donc une convergence d'intérêt forte entre le gouvernement et les Farc qui veulent absolument éviter que ne se reconstituent des escadrons de la mort.