Tunisie: après la révolution de jasmin, est-ce que les choses ont vraiment changé ?

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Didier François revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

La Tunisie, où est arrivé hier le président Macron, est un véritable paradoxe. C'est dans ce pays qu'est né le printemps arabe de 2011, c'est également le seul pays dans lequel la révolte ne s'est pas terminée en bain de sang. Pourtant, la démocratie y reste très fragile.

La Tunisie est toujours considérée un peu comme l'exception du monde arabo-musulman. À plus d'un titre d'ailleurs ! Son armée a refusé de soutenir la dictature et de tirer contre la foule en 2011. De la même manière, elle a parfaitement accepté le résultat des premières élections qui avaient donné le pouvoir aux islamistes du parti Ennahda et qu'elle n'a donc pas tenté de coup d'État. Il faut dire que ces islamistes, eux-mêmes, sont assez particuliers. En tous cas, ils se sont montré extrêmement pragmatiques puisqu'après deux ans de débat houleux avec les laïcs sur la place de l'islam dans la société tunisienne, ils ont finalement accepté d'adopter une Constitution qui sépare clairement la religion de l'État en 2014.

Et c'est sur cette base qu'a été formé le gouvernement de coalition qui dirige aujourd'hui le pays et qui regroupe les deux principales forces politiques tunisiennes, les islamistes conservateurs d'Ennahda donc et les modernistes laïcs du parti Nidaa Tounès dont est issu le chef de l’État, Béji Caïd Essebsi. Un attelage pour le moins original.

Mais comment deux partis aussi différents arrivent-ils à se mettre d'accord au quotidien pour gérer le pays ?  

C'est un peu tout le problème. Cette alliance de raison apporte une très grande stabilité sur le plan de la politique institutionnelle, ce qui est un avantage inestimable si on compare la situation tunisienne à celle du reste du monde arabe. En revanche, avec un aussi petit dénominateur commun, l'exécutif est incapable d'impulser les grandes réformes qui sont pourtant tout à fait indispensables pour relancer l'économie. Parce qu'on a bien une croissance de 2% par an mais également une inflation de 6% qui érode sérieusement le pouvoir d'achat, avec un chômage excessivement élevé chez les jeunes, de l'ordre de 30%. Vous avez tous les ingrédients pour expliquer les émeutes du début du mois de janvier contre la hausse de la TVA.

Et où en est-on de la menace terroriste ? Parce qu'on se souvient de l'attentat contre des touristes dans le musée du Bardo ou sur les plages d'hôtel, ça a du avoir des conséquences assez grave sur l'économie tunisienne ?

Absolument puisque le tourisme est un des trois grand secteurs de développement avec le textile et les phosphates. Or plus d'attentats ça veut dire moins de tourisme et donc moins d'emploi, ce qui entraine plus de frustrations et plus de candidats potentiels pour les groupes radicaux. Le cercle vicieux est parfaitement connu et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle Emmanuel Macron est allé proposer une aide française dans le domaine de la sécurité et des investissements. Il faut vraiment jouer sur les deux leviers si on veut stabiliser durablement un pays qui est à peine à une heure de vol de la France.