Trump et Macron face à l’Iran : deux présidents, deux tentations

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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François Clemenceau revient chaque matin sur un événement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Le président américain ne cesse depuis vendredi de réagir en direct à la crise qui secoue l’Iran en appelant même à un changement de régime. Mais en France, Emmanuel Macron garde le silence.

Ce sont là deux stratégies qui sont à l’opposé et qui correspondent sur la forme au fond de la politique que Washington et Paris entendent mener vis-à-vis de Téhéran. Donald Trump, on le sait, considère l’Iran comme son principal ennemi au Moyen Orient, exige une renégociation sur le dossier nucléaire, soutient comme jamais l’Arabie Saoudite et Israël, les deux alliés objectifs qui ont le plus intérêt à un affaiblissement du régime des mollahs. Et c’est tout le sens de ses messages à répétition depuis vendredi : il parle du peuple iranien comme étant "bon" et "grand" et soutient les manifestants dans leur condamnation de la "dictature" même si leurs revendications sont très diverses, économiques et sociales et pas uniquement politiques.

Donald Trump prend le risque de faire passer les manifestants pour des marionnettes

Rien à voir en tout cas avec le ton qu’avait utilisé Barack Obama en 2009. Et pourtant, à l’époque, il y avait eu des millions de manifestants et la révolte était vraiment politisée, dirigée contre le gouvernement radical conservateur du président Ahmadinejad. Obama avait attendu, puis demandé à ce qu’on respecte le droit de manifester pacifiquement avant de condamner les violences policières. Mais à aucun moment il n’avait voulu instrumentaliser le mouvement. Il avait même rappelé que son objectif était de conserver des relations diplomatiques avec l’Iran pour qu’elles finissent par se normaliser.

Aujourd’hui, Donald Trump prend le risque de faire passer les manifestants pour des marionnettes de la CIA et en appeler au changement de régime risque de faire subir à ces foules la pire des répressions.

La discrétion d'Emmanuel Macron

Dans le même temps, on juge à l'Elysée la situation très "préoccupante". Mais pas de réaction publique officielle. L’une des raisons de cette grande discrétion est de ne pas envenimer la situation alors que Jean-Yves Le Drian est attendu sur place vendredi soir afin de préparer la visite d’Emmanuel Macron prévue pour 2018, peut-être avant l’été. Ce serait la première d’un chef de l’Etat français depuis 1976, autrement dit une page d’histoire à écrire dans la relation entre les deux pays. A condition que ce voyage soit utile.

Emmanuel Macron a été très dur récemment en parlant d’"hégémonie" iranienne au Moyen Orient, ce qui est une réalité. Mais avec l’ambition de voir Téhéran faire preuve de retenue dans les expériences balistiques et dans ses intrusions au Liban, en Syrie et au Yémen. Et tout en préservant le cœur de notre diplomatie qui se résume dans cet accord sur le nucléaire, la levée des sanctions et une réactivation forte des échanges et des investissements. L'Elysée cherche à travailler sur une réponse commune des Européens à la crise en cours en Iran. Face à l’extrémisme de Donald Trump et aux turbulences des manifestations sur le terrain, c’est un énorme pari.