Syrie : le grand écart de Macron et Le Drian

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un événement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Le président de la République a répondu très sèchement hier à Bachar el-Assad qui accusait la France de « soutenir le terrorisme ». La position d’Emmanuel Macron relève du grand écart.

Tout serait évidemment bien plus simple si, dès le départ, la France avait choisi d’éteindre la lumière en Syrie, d’attendre que chaque camp se soit épuisé dans la guerre avant de choisir celui du vainqueur. C’est ce que certains adeptes du cynisme en politique étrangère appellent la stricte relation d’Etat à Etat, ou très hypocritement la non-ingérence. Mais la France de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, quelles que soient leurs erreurs d’analyse, notamment celle d’avoir sous-estimé la puissance de l’alliance avec Damas avec Moscou et Téhéran, a maintenu au cœur de sa diplomatie l’idée que Bachar el-Assad n’était pas la Syrie à lui tout seul. Puis, à partir de la montée en puissance de Daech, et une fois notre sol frappé par le terrorisme, la France a choisi de combattre en priorité le soi-disant Califat islamique.

Pourquoi dit-on qu’il s’agit là de la "doctrine Le Drian" ?

Parce qu’à l’époque, ministre de la Défense, il a relevé l’incohérence qu’il y avait à s’engager dans une coalition contre Daech en Irak et pas en Syrie. C’est donc en combattant Daech en Syrie, aux côtés des Américains, puis très discrètement avec les forces kurdes, que notre politique a changé de nature. En disant à l’époque que Daech était « notre ennemi mais que Bachar était celui de son peuple », Jean-Yves Le Drian n’a fait qu’adapter notre diplomatie à la réalité du terrain et à l’exigence de sécurité qui était la nôtre contre les terroristes.

Autrement dit, Emmanuel Macron n’a rien inventé dans cette stratégie

Si, car il se trouve que depuis, la guerre a été gagnée ou presque contre Daech et qu’Emmanuel Macron se retrouve devant un dilemme. Faut-il laisser Bachar el-Assad imposer la paix que lui offrent la Russie et l’Iran comme s’il n’y avait pas eu 400.000 morts et 5 millions de réfugiés ? Ou tenir compte du fait que la France, dans la coalition et avec les Kurdes, a contribué à vaincre Daech ? Et que cela mérite d’être à la table pour tenir compte de la victoire du régime, certes, mais aussi des droits de l’opposition. Bien sûr qu’essayer de concilier réalisme et morale tient du grand écart. (Mais le simple fait qu’hier la Russie ait refusé de voter au Conseil de sécurité le maintien d’une aide humanitaire dans les zones rebelles bombardées par l’aviation russe et du régime syrien prouve bien que les parrains de Bachar ne veulent pas s’encombrer de témoins gênants ni finir devant un tribunal international).