Russie : Poutine, "superstar et supertzar" présente son programme pour la présidentielle

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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François Clemenceau revient chaque matin sur un événement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Le président russe doit se rendre aujourd'hui devant la Douma, le Parlement, pour son grand discours annuel de bilan et de perspectives, à trois semaines de la présidentielle. 

Et à n’en pas douter ce discours sera bien davantage une plateforme du programme que Vladimir Poutine va défendre dans sa campagne de réélection. Le président russe entend être réélu dès le premier tour et si possible avec un score inattaquable, de l’ordre des deux tiers des voix. Pour y parvenir, il doit convaincre les Russes qu’il ne veut pas seulement être populaire (il l’est avec près de 80% d’opinions favorables) mais efficace. Et c’est là que les choses sont compliquées. Car le Russe moyen regarde les indicateurs économiques. Certes, la croissance est de retour en Russie après deux ans de récession mais avec une pointe à 1 point et demi, loin des deux points espérés et promis. Très loin des six à sept points de croissance des années 2000/2008.

Tout cela a pesé sur le pouvoir d’achat des Russes. A cela s’ajoute une économie qui ne cherche que mollement à se diversifier et qui reste donc très prisonnière des prix du pétrole et du gaz. Le tout dans un contexte européen et international de sanctions à cause du conflit en Ukraine. Résultat, rien de mirobolant à mettre en avant sur le bilan, d’autant que Vladimir Poutine pourrait suggérer de nouvelles hausses d’impôts pour investir davantage dans la santé et l’éducation.

Vous évoquez l’Ukraine, où en est-on du point de vue russe dans ce dossier ?

Les diplomates de Poutine estiment qu’ils n’ont aucune raison de lâcher du lest quant à leur soutien politique aux séparatistes pro-Russes du Donbass tant que le pouvoir ukrainien persiste à mener une politique qui nie les droits et les aspirations de la population dans l’Est de l’Ukraine. Pas d’avancées politiques et donc pas de résultats sur le terrain, si ce n’est une continuation sporadique des combats pour ne pas se faire oublier : la semaine dernière 88 tirs des séparatistes sur l’armée ukrainienne, 4 morts et 15 blessés. Pour la Russie, ce conflit illustre celui de la résistance russe face à l’arrogance et aux menaces de l’Union européenne et de l’OTAN. Pas de quoi semer le doute dans l’opinion.

Alors que pour la Syrie, c’est différent

Bien sûr, parce que c’est une guerre qui coûte beaucoup plus cher. Poutine avait annoncé un peu prématurément la fin de l’intervention militaire russe l’an dernier après deux années de bombardements sur l’opposition au régime de Bachar. Mais la présence des Occidentaux aux côtés des forces Kurdes contre Daech, la présence de la Turquie et la permanence des milices iraniennes en Syrie, obligent la Russie à revenir.

La mort le 7 février d’au moins une centaine de mercenaires russes qui avaient attaqué une base des forces Kurdes protégées par les Américains, a été très mal digérée par le Kremlin. Poutine a renvoyé en Syrie deux bombardiers furtifs Sukoi 57, et quatre chasseurs Sukoi 35. Tout cela a un prix humain et financier qui pourrait faire progresser le scepticisme des Russes sur la validité de cette  guerre.