Qui va payer la reconstruction de l'Irak ?

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Qui va payer la reconstruction de l’Irak ? La conférence internationale pour la reconstruction de l’Irak a démarré hier et s’achèvera demain au Koweït pour faire le bilan de ce que les grands donateurs mettront sur la table. Sauf que la reconstruction n’est pas que matérielle. 

Le représentant du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies en Irak l’a dit de façon très simple, « dans cette affaire on ne parle pas uniquement de briques et de ciment mais de reconstruire aussi des communautés ». Autrement dit, on aura beau aligner toutes les promesses de dons ou de prêts pour que l’Irak rebâtisse ses villes, ses infrastructures et ses industries, si les réfugiés ne reviennent pas, si les sunnites, les chiites et les kurdes ne s’entendent pas, si le projet politique national n’inspire pas confiance, tout l’argent du monde n’aura que peu d’effets. Or, il reste encore 2,6 millions de réfugiés à l’extérieur du pays ou qui sont toujours déplacés à l’intérieur de l’Irak. Et on a bien vu lors du référendum kurde fin septembre que le gouvernement central de Bagdad n’était pas prêt à renoncer à sa souveraineté sur la totalité de son territoire. Quant aux sunnites, ils sont toujours malmenés dans un processus politique qui n’est pas suffisamment inclusif pour inspirer confiance. Bref, tout cela est encore fragile. Raison pour laquelle les partenaires étrangers y regarderont à deux fois avant de promettre des fonds.

Mais en même temps, les besoins sont énormes

C’est évident, on ne sort pas d’une guerre de 14 ans, si vous datez les choses depuis le début de l’offensive américaine de 2003 en passant par la guerre contre Daech à partir de 2014. Le premier ministre irakien Habadi parle de 80 milliards de dollars, son ministre des infrastructures de 70 milliards mais dont il exige un quart tout de suite pour agir face à l’urgence. Dans certaines zones du pays, il faut tout refaire : déminer, réhabiliter, réparer, renouveler : on ne parle pas uniquement de bâtiments mais aussi de médecine, de campagnes de vaccination ou de gynécologie pour les femmes, ou de retravailler la terre devenue infertile. On estime même que 40% des ressources agricoles ont disparu avec ces guerres successives.

La France est solidaire mais prudente

Jean-Yves Le Drian s’est rendu à Bagdad et Erbil hier avant d’arriver au Koweït aujourd’hui. La France a prêté 430 millions d’euros à l’Irak l’an passé mais le ministre estime que l’Irak pourra financer une partie de sa reconstruction sur ses fonds propres grâce à la manne pétrolière qui est de retour. Mais il regarde surtout l’ardoise à venir de la Syrie. Le pays a beau être deux fois et demi plus petit que son voisin et deux fois moins peuplé, les ravages y ont été pires en 7 ans que pendant toute la durée du conflit en Irak. Or, en Syrie, l’exigence française sur le plan politique est démultipliée. Pas question de reconstruire le moindre centimètre carré tant qu’une solution politique n’a pas été trouvée pour remplacer la tyrannie de Bachar al-Assad. Cela ne fait peut-être pas plaisir aux Russes qui aimeraient bien confier le carnet de chèques et les pelleteuses aux Européens mais c'est comme ça. 

C’est évident, on ne sort pas d’une guerre de 14 ans, si vous datez les choses depuis le début de l’offensive américaine de 2003 en passant par la guerre contre Daech à partir de 2014. Le premier ministre irakien Habadi parle de 80 milliards de dollars, son ministre des infrastructures de 70 milliards mais dont il exige un quart tout de suite pour agir face à l’urgence. Dans certaines zones du pays, il faut tout refaire : déminer, réhabiliter, réparer, renouveler : on ne parle pas uniquement de bâtiments mais aussi de médecine, de campagnes de vaccination ou de gynécologie pour les femmes, ou de retravailler la terre devenue infertile. On estime même que 40% des ressources agricoles ont disparu avec ces guerres successives.