Quelles leçons à tirer de la déroute des indépendantistes catalans ?

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Henry de Laguérie revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Henry de Laguérie remplace François Clémenceau le jeudi 02 novembre.

Carles Puigdemont, le président catalan destitué, est convoqué ce matin à Madrid par la juge, avant sa probable inculpation pour rébellion. Mais Puigdemont ne va sans doute pas venir. Il est en Belgique et pourrait donc faire l’objet d’un mandat d’arrêt international.

Le retour à la réalité est douloureux pour les indépendantistes, six jours après avoir proclamé la République.

Juste après ce vote historique, il fallait voir le visage fermé de  Puigdemont et de des  députés de son camp à la sortie de l’hémicycle. On les sentait préoccupés, inquiets. Le soir, dans les rues de Barcelone, il n’y avait pas tant de monde que ça pour fêter cette nouvelle République.

Et dès le lendemain, la vie reprenait comme si de rien était. Les indépendantistes n’avaient rien prévu pour le jour d’après.

La police catalane s’est rangée du côté de Madrid, les ministres catalans ont déserté leurs bureaux et les fonctionnaires sont allés travailler lundi. La mise sous tutelle de Madrid est indolore. 

Après un mois de tension, le climat s’est apaisé, comme si proclamer la République pour l’enterrer immédiatement avait permis de crever l’abcès.

Mais dans les rangs indépendantistes, c’est la sidération. Les dirigeants ont donc mentis pendant des années en faisant croire que la sécession serait une promenade de santé.

Puigdemont qui se croit encore président continue à vivre dans une réalité parallèle, mais les catalans eux découvrent avec stupéfaction qu’ils avaient affaire à des amateurs.

Avaient-ils vraiment envie de déclarer l’indépendance ?

On comprend que non. Ce référendum illégal organisé contre vents et marées avait pour seul objectif d’obliger Madrid à réagir et à finir par négocier un vrai référendum en bonne et due forme. Les séparatistes misaient sur une intervention de l’Europe, ils se sont lourdement trompés.

En tout cas, le réveil est très douloureux : mis à part un noyaux dur qui continue d’avoir confiance en Puigdemont, la majorité des indépendantistes a l’impression d’avoir été trahie. " " "C’est un désastre, la déception est immense" confiait un leader d’opinion séparatiste.

Est-ce à dire que les indépendantistes vont perdre leur majorité aux prochaines élections ?

C’est encore trop tôt pour le dire. Ce qui a échoué c’est la voie unilatérale mais il ne faut surtout pas enterrer l’indépendantisme. Il va devoir se remettre en cause. Certains dirigeants reconnaissent qu’ils ont voulu aller trop vite. Il leur faudra imaginer une feuille de route plus crédible, retrouver le chemin de la légalité et surtout tisser des alliances avec des formations à Madrid, comme Podemos pour obtenir ce fameux référendum. L’indépendantisme devra surtout adopter enfin un discours de vérité et revenir à la réalité s’il veut à nouveau être crédible.