Quand les Rohingyas affrontent le silence de l’Asie

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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François Clémenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

François Clemenceau est à Tokyo, où l’on a suivi avec intérêt la visite de Rex Tillerson hier en Birmanie. Les États-Unis qui semblent très mal à l’aise avec l’idée de sanctionner le gouvernement d’Aung San Suu Kuy pour sa gestion de la crise des Rohinghas.

Ce qui est frappant en effet, c’est que non seulement Rex Tillerson, le patron du Département d’Etat se refuse, à ce stade dit-il, de sanctionner la Birmanie, mais que même les pays d’Asie du Sud-est qui se sont réunis au début de la semaine dans le cadre de l’ASEAN à Manille, refusent également d’aborder le sujet. Pourtant, la situation est toujours aussi révoltante : selon un dernier rapport des organisations humanitaires validé par les Nations Unies, le nombre total de Rohinghas ayant franchi la frontière pour passer au Bengladesh se monte désormais à 618.000.

Comment expliquer ce silence et cette prudence ?

Pour les Etats-Unis, le mot clef utilisé par Rex Tillerson c’est la stabilité. Ne rien faire qui puisse mettre en péril le régime birman tenu par les militaires mais co-géré par la Prix Nobel Aung San Suu Kuy. L’idée est qu’un retour massif des réfugiés ou une critique trop virulente par la chef du gouvernement du comportement des organes de sécurité, pourraient conduire à une déstabilisation du pays et à une remise en cause du processus démocratique. Et puis, il y a la Chine, allié de la Birmanie et que Washington ne veut pas affronter frontalement à l’heure où le dossier de la Corée du Nord parait plus crucial. Quant aux pays de l’ASEAN, malgré les protestations de la Malaisie et de l’Indonésie, deux grands pays musulmans, ils se réfugient derrière le concept de non-ingérence. Au point que le paragraphe prévu sur les migrations dans le communiqué final du sommet a été carrément supprimé.

Et le Japon ?

Le Japon n’est pas membre de l’Asean mais c’est l’un des pays qui a le plus de moyens d’aide au développement et qui s’en sert en Birmanie, c’est également un allié des États-Unis qu’il ne veut pas gêner. C’est enfin un pays qui n’a pas de politique migratoire pour protéger son identité. Bref ce n’est pas non plus du Japon que viendront les pressions ou les solutions.