Pakistan: le chantage de Trump peut-il tenir face à l'ambivalence d'Islamabad ?

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Quand Donald Trump rejoue Homeland au Pakistan

Les relations entre Washington et Islamabad risquent-elles de remettre en cause l’effort de guerre américain en Afghanistan ? Rien ne va plus depuis que les États-Unis ont annoncé geler deux milliards d’aide militaire au Pakistan. 

Pour ceux qui ont déjà vu la saison  4 de Homeland, il n’y a pas grand-chose de nouveau. Les États-Unis ont fait savoir la semaine dernière que si les forces pakistanaises ne faisaient pas davantage d’efforts contre les terroristes qui attaquent les troupes afghanes et américaines en Afghanistan tout en disposant de bases arrières au Pakistan, l’aide financière militaire serait gelée. En fait, 250 millions de dollars sont déjà gelés depuis l’été dernier, une réunion entre le chef de la diplomatie pakistanaise à la Maison Blanche avec le général McMaster qui commande le Conseil de sécurité nationale, s’est très mal passée. Et rien ne s’est arrangé depuis. Résultat, Donald Trump considère que les Pakistanais lui cachent quelque chose, pour ne pas dire le trahissent, et les deux milliards d’aide annuelle promise restent à Washington.

Évidemment, le Pakistan réagit très mal.

Oui, les chefs militaires pakistanais disent qu’ils font ce qu’ils peuvent et qu’ils n’ont pas forcément les moyens d’aller se confronter aux groupes islamistes qui rivalisent ou coopèrent avec les Taliban en Afghanistan. Même le patron du Pentagone, le général Mattis, leur donne raison en affirmant, ce qui est vrai, que les forces pakistanaises ont perdu plus d’homme dans les combats contre les terroristes que l’ensemble des forces de la coalition.

Sauf que tout cela masque une autre réalité : la complicité objective du Pakistan avec les Taliban. À Islamabad, tout le monde est persuadé 1°/ que le gouvernement afghan ne pourra pas durer éternellement sans pactiser avec les Taliban, 2°/ qu’il vaut mieux avoir un voisin faible qu’un pays hostile à l’islamisme. Et 3°/ qu’il vaut mieux avoir des Taliban forts en Afghanistan que chez soi au Pakistan où ils menacent régulièrement de s’en prendre au régime.

Est-ce que l’Amérique peut réussir en Afghanistan sans s’appuyer sur le Pakistan ?

Non. D’abord parce que toutes les routes logistiques qui fournissent les troupes américaines et de l’OTAN en Afghanistan passent par le Pakistan. Il y aurait moyen de les relocaliser mais cela couterait très cher. Ensuite, parce que rien ne serait pire que d’abandonner le Pakistan à ses démons islamistes et nationalistes qui fragilisent un gouvernement où les militaires et les services de renseignement sont devenus des adeptes du double jeu. Et enfin parce que le Pakistan est une puissance nucléaire, toujours en froid avec l’Inde et que c’est l’intérêt des États-Unis de maintenir une surveillance serrée du Pakistan. Mais on n’a jamais oublié à Washington que c’est au Pakistan qu’il a fallu tuer Bin Laden alors qu’il était hébergé à quelques foulées de l’Académie militaire d’Abbottabad. Difficile depuis de considérer que le Pakistan est un allié.