Match de boxe à Téhéran

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Match de boxe à Téhéran

Le chef de la diplomatie française est revenu cette nuit de Téhéran après une journée d’entretiens très durs avec les dirigeants iraniens. François Clemenceau l’a accompagné sur place pour le Journal du Dimanche. Que doit-on conclure de cette visite ? 

Personne ne s’attendait à ce que ces contacts finissent par déboucher sur des résultats concrets qui permettraient d’apaiser la situation régionale et internationale. Le but de la visite était de se parler franchement, de rappeler quelles étaient les lignes rouges de part et d’autre et d’essayer de lancer des pistes de travail sur les sujets de confrontation les plus sensibles. Sur le ton, le ministre français a donc joué celui à qui on ne la fait pas. Sur la situation en Syrie, sur le dossier balistique, sur la politique d’hégémonie iranienne au Yémen ou au Liban, Jean-Yves Le Drian a donc dénoncé, condamné et même menacé l’Iran de nouvelles sanctions. Avec le patron du Conseil suprême de sécurité nationale, l’amiral Shamkani, un proche du Guide Suprême, il n’y a pas eu un seul sujet d’accord. Les deux hommes se sont cognés comme des boxeurs, raconte un participant. Avec le ministre des affaires étrangères Zarif que Jean-Yves Le Drian tutoie, le climat état moins violent mais le contenu tout aussi ferme. Il n’y a qu’avec le président Rohani que le ministre français a pu trouver plusieurs terrains d’entente : Rohani est prêt à tout faire pour sauver l’accord de Vienne sur le nucléaire, prêt à réfléchir pour trouver une solution humanitaire en Syrie, inquiet quant à l’usage d’armes chimiques par son allié syrien et disposé à garder le contact pour continuer à travailler ensemble dans ce contexte chaotique.

Il y a quelque chose qu’on comprend mal, c’est le dossier balistique, de quoi s’agit-il ?

Les Américains et les Européens sont inquiets de voir que l’Iran développe un programme de missiles de longue portée capables d’emporter une charge nucléaire, ce qui leur est interdit par une résolution du Conseil de sécurité. Les Américains exigent que ce programme soit démantelé sinon Donald Trump dénoncera le 12 mai prochain l’accord de Vienne sur le nucléaire. Jean-Yves Le Drian a demandé aux Iraniens de faire un geste pour ne plus afficher ce qu’une source française qualifie de frénésie capacitaire suspecte. Mais les Iraniens ont refermé la porte en déclarant que rien ne devait faire obstacle à leur souveraineté.

Tout cela n’est pas très encourageant.

Oui, car cela s’ajoute aux réactions également très dures des Russes en milieu de semaine dernière sur le seul sujet de la Syrie. Clairement, les vainqueurs de la guerre en Syrie se comportent comme s’ils n’avaient plus de comptes à rendre sur la responsabilité qui est pourtant désormais la leur. Ils nous invitent même à rejoindre leur camp. Et coincés entre l’intransigeance anti iranienne de Donald Trump et l’arrogance de ceux qui détiennent les clefs de la maison syrienne, la position des Européens est très inconfortable, même si la France conserve l’avantage de continuer à parler à tous les acteurs, écoutée, à défaut d’être entendue.