Margot Wallström, ministre suédoise des Affaires étrangères et militante féministe

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Didier François revient chaque matin sur un événement international au micro d'Europe 1 Bonjour. 

Didier vous vouliez nous parler ce matin d’une femme de forte conviction et au caractère bien trempé, qui a décidé de placer   le respect du droit des femmes au cœur des décisions diplomatiques de son pays.

Absolument, il s’agit de Margot Wallström, la ministre suédoise des Affaires étrangères, militante féministe de longue date, et qui à ce titre considère qu’il ne peut pas y avoir de droit de l’Homme sans prendre en compte les droits des femmes. Ce qui est certes une tautologie, je vous l’accorde. Mais ce qu’il y a d’original dans la démarche de Margot Wallström, c’est qu’elle n’en est pas restée au stade du simple un slogan. Elle a bel et bien réussi à faire inscrire le respect du droit des femmes dans le monde, comme une des conditions que se fixe la Suède pour définir ses priorités de politique internationale. Exemple aux Etats-Unis lorsque Donald Trump décide de supprimer les subventions aux organismes de planning familial, et bien la Suède  propose immédiatement un financement de substitution, pour que  cliniques touchées puissent continuer à pratiquer des avortements. C’est ce qu’on appelle la "gender diplomacy" ou diplomatie du genre, et c’est une première pour un pays occidental, qui d’ailleurs fait des émules, puisque le Canada a décidé suivre l’exemple suédois et de créer un "Fond international d’assistance au féminisme"

Mais est-ce que cela véritablement bouleversé le statut de la Suède sur la scène internationale

Et bien ça a quand même eu des conséquences, auxquelles on pense peu, parce que l’image de la Suède, dans l’imaginaire collectif, c’est l’aide humanitaire, le prix Nobel de la paix. Or on oublie souvent que la Suède est également l’un des principaux pays exportateur d’armement, avec Saab pour les avions de chasse, Ericsson pour les radars et l’électronique militaire, Carl Gustav pour les missiles. Ça pèse chaque année environ 2 milliards d’euros, en recettes, ce qui place les Suédois parmi les tous premiers bénéficiaires des ventes d’arme, en capital, par habitant. Ce n’est pas rien.

Et bien figurez-vous qu’avec sa nouvelle diplomatie du genre, la ministre des Affaires étrangères a tout de même réussi à faire casser tous les contrats passés avec l’Arabie Saoudite, qui effectivement malgré quelques efforts récents, n’a pas une politique extrêmement progressiste en matière d’égalité des sexes. Mais, bon an, mal an, le royaume saoudien pesait quand même autour du 1milliard d’euro dans les exportations suédoises. C’est donc économiquement comme politiquement, un engagement assez courageux, mais ça pose quelques sérieux problèmes à l’armée suédoise, qui comme l’armée française, reste très dépendante des bonnes performances de son industrie nationale de défense, pour la fourniture de ses propres équipements. Bon en même temps, la dernière fois que la Suède a fait la guerre, c’était il y a presque 300 ans, contre la Norvège, en 1814.