Maldives : entre état d’urgence et islamisation

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
Partagez sur :

François Clemenceau revient chaque matin sur un événement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Rien ne va plus dans le petit paradis touristique des Maldives dans l’Océan Indien. Cela fait une semaine que le pouvoir a décrété l’état d’urgence pour se débarrasser de toute opposition et continuer d’islamiser le pays. 

A tous ceux qui croient que les Maldives sont synonymes de soleil, de flots turquoise et de sable blanc, il est utile de rappeler ce qui vient de se passer la semaine dernière et qui perdure. Le président du pays, Abdulla Yameen a fait arrêter sans ménagement le chef de la Cour Suprême ainsi qu’un autre juge de la Cour. Pourquoi ? Parce que la plus haute instance judiciaire du pays réclamait de lui qu’il libère les prisonniers politiques et organise de nouveaux procès, moins arbitraires, notamment à l’égard du chef de l’opposition qui vit en exil à Londres et qui a dû démissionner en 2012 sous la pression des militaires. Les 3 juges restant, au mépris des règles, ont abrogé la décision de la Cour qui avait été pourtant prise à l’unanimité. Depuis, les rafles se poursuivent dans les milieux de l’opposition, les médias étrangers sont interdits d’accès, les diplomates de l’Union européenne ne sont même pas reçus et le secrétaire général des Nations Unies vient de demander par deux fois le retour de l’état de droit. Sans succès.

Mais est-ce que le président des Maldives n’est pas en train de tuer l’industrie du tourisme avec ce genre de comportement ?

C’est la question qui se pose à chaque fois qu’un pays touristique sous régime autoritaire franchit les lignes rouges. Ce fut le cas du Maroc ou de l’Egypte à une certaine époque sauf qu’aux Maldives, les touristes n’ont aucun contact avec la population. Il y a 350.000 habitants et quatre fois plus de touristes et ils vivent dans des hôtels sur des îles où la population locale est quasiment inexistante. Ils ne peuvent donc pas voir à quel point ce régime est en train de s’islamiser à toute vitesse. La peine de mort a été rétablie, y compris pour les mineurs, la charia est appliquée d’une main de fer et il fallut beaucoup de pression pour que l’alcool ne soit pas interdit purement et simplement. Il se dit même que des islamistes des Maldives, trouvant que le régime n’est pas assez autoritaire, sont allés rejoindre Daech au Levant et ailleurs en Asie et on se demande, comme partout ailleurs, ce qu’ils feront lorsqu’ils reviendront. Mais ce qui semble certain, c’est que le régime pense supportable de poursuivre cette voie quitte à ce que l’économie ne dépende plus autant du tourisme qui pèse pour 80% dans le PIB du pays.

Peut-on imaginer des sanctions internationales ?

Beaucoup y réfléchissent mais ne veulent pas pénaliser la population locale et encore moins l’industrie touristique. L’opposition essaye de se faire entendre. Le chef de l’opposition a choisi pour se faire un avocat, ou plutôt une avocate, en la personne d’Amal Clooney, l’épouse de l’acteur, elle-même d’origine musulmane, mais clairement engagée en faveur des droits de l’homme, de la femme et des enfants.