Macron arrive en Chine dans une période de grosse tension entre Pékin et Taïwan

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Didier François revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Emmanuel Macron est arrivé en Chine pour sa première visite d'État alors que jamais les tensions n'avaient été aussi fortes entre Pékin et ses voisins.

Avec des menaces d'invasion militaire proférées publiquement par de très hauts responsables chinois à l'encontre de Taïwan.

On connait bien les frictions régulières entre Pékin et le Japon ou la Corée du Sud, de même que les tensions suscitées par l'occupation d'îlots transformés en bases militaires avancées face au Vietnam et aux Philippines, mais depuis quelques jours c'est Taïwan qui est la cible d'incroyables pressions de la part de la Chine.

De pressions militaires, on ne parle pas seulement d'un bras de fer économique ou politique. On est bien face à une volonté extrêmement claire de la part de Pékin d'établir un rapport de force pour imposer ses vues diplomatiques au gouvernement de Taipeh. Et cela avec une brutalité très inhabituelle qui a commencé par une série d'exercices des forces aériennes chinoises au-dessus du territoire taïwanais. Et on ne parle pas d'un ou deux passages à la limite de l'espace aérien puisqu’il a été comptabilisé pas moins de 20 survols des chasseurs bombardiers chinois aux approches de toutes les positions stratégiques de Taïwan. Au point qu'à Noël, le ministre taïwanais de la Défense s'en est ému estimant que ces manœuvres constituaient une "énorme menace" pour la sécurité de son île.

Quelle a été la réponse de Pékin ?

Vous n'allez pas y croire, que Taïwan "s'habituerait progressivement" à ces survols que le porte-parole de l'armée nationale populaire a lui-même qualifié "d'encerclement". Pas gêné du tout, il a d'ailleurs publié, sur le site officiel des Armées et sur tous les grands médias chinois, des images de ses bombardiers au passage devant le Mont Yusha (la montagne de Jade, le sommet de 4.000 mètres) qui culmine en plein centre de l'île et qui est un peu le symbole de Taïwan. Un diplomate de l'ambassade de Chine à Washington a même menacé Taïwan de "réunification par la force militaire" donc d'invasion si les États-Unis osaient renforcer leur soutien militaire à Taïpeh. Sachant que Pékin n'a jamais reconnu l'indépendance de cette île qui a servi de lieu d'exil aux nationalistes du Kuomintang après la victoire des communistes de Mao Tse Toung sur le continent en 1949.

Mais comment expliquer un tel raidissement de Pékin alors que cette situation n'est pas très nouvelle ?  

Ce qu'il y a de nouveau c'est qu'à la différence de leurs parents qui ont toujours été très conciliants pour éviter de provoquer Pékin, les jeunes de Taïwan sont désormais très majoritairement en faveur de l'indépendance. Ils ont d'ailleurs élu une présidente indépendantiste en 2016 après une mobilisation étudiante appelée "révolution des tournesols"qui était clairement une aspiration à un mode de vie démocratique. Or l'exemple de la mise au pas forcée de la jeunesse à Hong-Kong, suite à la rétrocession de 1997, ne donne pas particulièrement envie de s'unifier avec la Chine communiste, quelques soient ses promesses. Un sondage intéressant, qui vient d'ailleurs d'être publié, indique que seuls 14% des Taïwanais pensent aujourd'hui faire partie de la même nation que la Chine quand ils étaient 50% il y a encore 20 ans. Donc la perspective d'une réunification pacifique de Taïwan et de la Chine perd en crédibilité chaque année. En revanche, Pékin est devenue une puissance économique désormais capable de se payer un appareil militaire de plus en plus solide et qui va donc peser de plus en plus lourd sur les politiques mises en œuvre pour défendre les intérêts stratégiques chinois.