L’Islande a beaucoup à nous apprendre sur la démocratie

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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François Clémenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

L’Islande a beaucoup à nous apprendre sur la démocratie

Les Islandais retournent aux urnes demain pour des législatives anticipées. On ne devrait pas s’en soucier parce que ce petit pays d’à peine 400.000 habitants compte peu à l’échelle de l’Europe et du monde. Et pourtant, il devrait nous inspirer. 

Il y a toujours quelque chose d’assez fascinant lorsqu’on compare nos pays d’Europe avec l’Islande. Et notamment les pays scandinaves, ceux qui sont les plus proches par la culture et l’histoire de l’Islande. En Norvège, au Danemark, en Finlande et en Suède, mais on pourrait en dire autant de l’Allemagne ou du Royaume Uni, il y a quelque chose de commun : la montée des populismes et de l’extrême droite, le rejet de l’immigration conjugué avec une forme d’islamophobie et des difficultés à renouer avec la croissance sur fond de crise de l’État-providence. Or en Islande, pas du tout. Il y a pourtant 10% d’immigrés sur cette petite île cinq fois pas plus grande que la Bretagne. Il existe bien un parti comparable au Front national mais il n’a fait aux dernières élections, l’an dernier, que 0,2% des voix, presque autant que l’extrême gauche.

Cela ne veut pas dire que tout est rose pour autant.

Oui, il y a en Islande très clairement une fatigue des partis traditionnels. La crise financière de 2008 puis le scandale des Panama Papers en 2016 ont cassé la confiance populaire dans le système dans la mesure où l’économie était devenue beaucoup trop spéculative, mais les autres partis qui se sont créés ou qui ont profité de ce climat ne sont pas des mouvements de rupture. Tout simplement parce que la politique islandaise a toujours été à la pointe de la démocratie : la proportionnelle est quasiment intégrale, le paritarisme hommes-femmes est assumé, l’éthique de gouvernement est sans cesse rehaussée. La preuve, si l’on revote demain, c’est parce que le premier ministre du gouvernement sortant a démissionné parce que son père, très âgé, avait écrit une lettre de recommandation pour la remise en liberté d’un pédophile.

On a donc un paysage politique très vivant.

Avec des partis dont les noms frisent la naïveté : Renaissance, avenir radieux, aube, il y en a même un qui s’appelle le Meilleur parti. Et bien sûr le parti des Pirates qui milite pour une transparence totale et pour donner l’asile politique à Julian Assange et Edward Snowden. Et l’on se dit que dans cette Islande où la croissance est à la baisse mais à 3,5% tout de même avec un chômage à 4,5%, c’est-à-dire presque au plein emploi, le pays des volcans et des geysers est définitivement à part.