L'Irlande sur le devant de la scène avec les cérémonies du XXe anniversaire du "Good Friday" : les Brexiters vont-ils y voir plus clair ?

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Le retour irlandais de Tony Blair et Bill Clinton

Les cérémonies du 20e anniversaire  de la paix en Irlande du Nord hier ont permis aux acteurs de ce succès diplomatique de pointer les dangers que fait peser le Brexit sur la coexistence des deux Irlande. 

Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas revu ensemble Bill Clinton et Tony Blair. On leur a reproché beaucoup de choses à la fin de leurs mandats respectifs, la guerre en Irak par exemple pour Blair ou l’absence de réaction face au génocide au Rwanda pour Clinton, mais s’il y a bien un succès incontestable que l’Europe leur doit, c’est cet accord de paix du Vendredi Saint signé le 10 avril 1998 qui met fin à une guerre de trente ans entre protestants et catholiques d’Ulster, les premiers étant appuyés par le gouvernement britannique et les seconds par les républicains d’Irlande du Sud. Il aurait été rendu impossible sans la médiation inlassable du sénateur démocrate américain George Mitchell et la garantie qu’offrait le gouvernement américain de Bill Clinton, en sachant que les Etats-Unis, par leur histoire, ont toujours été proches de la cause irlandaise.

Sauf qu’aujourd’hui, 20 ans après, cet accord est fragilisé par la perspective du Brexit.

Personne n’imagine que l’on va reprendre les armes, après ce conflit qui a fait 3500 morts entre les attentats terroristes de l’IRA et la répression de l’armée britannique. Mais le fait de vouloir réinstaurer une séparation de fait entre le nord et le sud après le départ du Royaume Uni de l’Union européenne, risque bien de séparer les deux communautés. Depuis 20 ans, irlandais du nord et du sud vivent sur un même sol qui n’a pas plus de frontière, ni pour les citoyens, ni pour les marchandises. Theresa May prétend avec les partisans du Brexit qu’il est possible de recréer une frontière virtuelle grâce à des moyens modernes de radars et de caméras. La commission européenne et son négociateur Michel Barnier lui répondent que c’est impossible et que si elle est incapable de trouver une solution, l’Europe tracera la frontière entre la Grande Bretagne et les deux Irlande. 

Est-ce que cette cérémonie d’hier pourra changer les choses ?

Peut-être mais ce n’est pas certain. Lorsque les Clinton, Bill et Hillary, disent en chœur que « l’Histoire ne pardonnera pas d’avoir mis fin à une harmonie retrouvée que les deux peuples d’Irlande ont approuvé dans les urnes » il y a vingt ans, et que ce message est soutenu par cinq anciens ministres d’Irlande du Nord au sein des gouvernements britanniques de droite et de gauche, on peut l’espérer. Au sens politique et religieux du terme.