Les suites de la polémique hallucinante sur la Shoah en Pologne

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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François Clemenceau revient chaque matin sur un événement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

La polémique sur les propos tenus ce weekend par le premier ministre polonais, sur le rôle des juifs pendant la Shoah, a redoublé hier avec des échanges très virulents entre ses partisans et son opposition.

Il faut rappeler, pour ceux qui n’ont pas suivi toute l’affaire, que le gouvernement polonais entend faire promulguer une loi qui vise à encadrer les commentaires qui sont faits sur le rôle de la Pologne pendant l’occupation nazie et notamment pour mettre fin à l’expression camps de la mort polonais, comme si les autorités polonaises étaient complices de  la barbarie nazie à l’égard des juifs internés dans ces camps en Pologne. Et donc, à Munich, en pleine conférence sur la sécurité, lorsqu’un journaliste israélien, dont une partie de la famille a été exterminée après avoir été dénoncée par des voisins polonais à la Gestapo, a posé la question au premier ministre polonais Mateusz Marowiecki de savoir s’il serait victime de cette nouvelle loi, le premier ministre lui a répondu ceci : non, "c’est important de savoir que ce genre de commentaires ne sera pas puni par la loi et ne sera pas considéré comme un crime le fait d’avoir dit qu’il y eu des auteurs d’exaction polonais, ou des auteurs juifs, ukrainiens ou russes et pas seulement des auteurs allemands". Il y a eu alors comme un flottement dans l’assemblée, les gens se sont demandés s’ils avaient bien entendu, d’autres ont cru que le premier ministre polonais avait fait un lapsus et qu’il allait s’excuser d’avoir confondu les victimes et les bourreaux. Et bien non.

Pas d’excuses et même une forme d'aveuglement

Oui, les autorités polonaises ont très mal réagi au fait que Benjamin Netanyahu le lendemain s’empare de cette affaire pour dénoncer une forme odieuse d’antisémitisme. Pour lui, cette nouvelle loi est la preuve que la société polonaise n’est pas capable d’affronter la vérité historique. Jacques Chirac avait su dire que c’étaient bien des policiers français qui avaient raflé les juifs pour les emmener au Vel d’Hiv. Non seulement le parti conservateur polonais au pouvoir n’y parvient pas mais il adopte même une loi qui vise en fait à promouvoir une autocensure dans ce débat. C’est d’autant plus étrange que Mateusz Marowiecki a une partie de sa famille d’origine juive et même une tante qui vit en Israël après avoir échappé à la Shoah. Ce n’est pas comme si cette page de l’Histoire lui était totalement inconnue.

Mais alors comment expliquer cette crispation incroyable ?

En grande partie par la pression de l’Eglise catholique polonaise. Hier l’un des principaux journaux catholique du pays a titré en Une « le premier ministre a dit la vérité ». On assiste à une ligne de clivage hallucinante qui déchire les chrétiens polonais. D’un côté l’institution catholique avec ses églises, ses écoles, ses relais d’opinion, notamment la puissante radio Marya financée par les grands groupes qui sont en affaire avec le gouvernement, et de l’autre des millions de laïcs catholiques dont une bonne partie ont mené le combat du syndicat Solidarité de Lech Walesa et qui n’entendent pas voir la religion être instrumentalisée dans le combat politique.  Ce sera donc intéressant de voir comment réagissent les uns et les autres lorsque le Tribunal constitutionnel validera ou demandera à voir modifiée cette loi sur les "camps polonais".