Les Européens peuvent et doivent se montrer solidaires de la Grande Bretagne face à Poutine et ses empoisonneurs

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Faut-il une réponse européenne dans l’affaire Skripal ?

La première ministre britannique Theresa May a donné jusqu’à ce soir aux autorités russes pour s’expliquer sur la tentative de meurtre de l’ancien espion russe Sergei Skripal. Une liste de sanctions est déjà prête et Theresa May compte bien sur la solidarité des Européens. 

Si Theresa May compte en effet sur le soutien de l’Europe et en premier lieu d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel, c’est parce que tout ce qui touche à la Russie sur le sol européen concerne les 28. On l’a vu ces douze derniers mois dans chaque campagne électorale ou référendaire en France, en Allemagne, en Espagne, en Italie, la Russie a essayé de jouer un camp contre un autre. Au Royaume Uni, où le Kremlin a pris position assez clairement en faveur du Brexit pour favoriser la première grande fracture au sein de l’Union, la relation avec la Russie a toujours été plus dure qu’ailleurs. Parce que c’est à Londres que vivent les oligarques et les opposants bannis et c’est à la City que les autres, ceux qui sont tolérés, font des affaires. Selon une enquête du site Buzz Feed, il y a eu moins 14 décès suspects parmi des ressortissants russes et britanniques sur le sol anglais depuis 2012 dont celui de l’oligarque Berezovski et celui de l’ancien agent Litvinenko, les deux cas les plus connus. Là où le dossier Skripal est grave, c’est qu’on s’en soit pris pour la première fois à sa famille, à sa fille en l’occurrence.

Comme s’il n’y avait plus de limites.

Exactement. La sophistication de cette tentative de meurtre au poison n’a d’égal que la violence de la promesse de revanche qu’avait formulée Vladimir Poutine lui-même au moment de l’échange d’espions dont faisait partie Skripal en 2010. Le président russe avait dit, il faut le citer entièrement : « Les traitres finiront par partir les pieds devant, croyez moi. Ces gens ont trahi leurs amis, leurs frères d’armes. Quoi qu’on leur ait donné en échange, ces trente pièces d’argent, on les leur fera cracher ». Skripal a-t-il été ciblé uniquement parce qu’il faut éliminer les traitres ? Ou bien parce qu’il était trop bavard sur les tentatives de la Russie de s’interférer dans les processus démocratiques des Européens et des Américains ? On ne le sait pas avec certitude et il y a peu de chances que Vladimir Poutine réponde d’ici ce soir à Theresa May sur ce point.

Mais est-ce qu’une réponse européenne ne risque pas de raviver le climat de guerre froide dans lequel on est déjà plongés ?

Il y a deux raisons qui justifient une réponse commune européenne. La première, c’est qu’il faut profiter de ce que le Brexit n’a pas encore eu lieu pour agir. Une fois que le Royaume Uni aura quitté l’Europe ce sera plus dur pour lui d’assumer seul ce genre de sanction. La deuxième, c’est qu’il ne faut pas laisser la Russie enfoncer davantage de coins au sein de l’Union face à ce genre de comportement. L’Italie, la Grèce, la Hongrie et d’autres petit pays sont courtisés par Moscou pour être plus indulgents. Si l’Europe veut se défendre, il faut qu’elle le fasse dans l’unité.