Les deux Corées peuvent-elles à nouveau dialoguer ?

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un événement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Le gouvernement sud-coréen a accepté hier le principe d’une rencontre avec une délégation nord-coréenne pour discuter des Jeux olympiques qui se tiennent dans un mois. Mais aussi d’autres sujets pour apaiser les tensions.

Et toute la question est de savoir à quel prix les dirigeants des deux nations séparées sont prêts à négocier. Le gouvernement de Séoul a saisi la perche tendue la veille par le dictateur Kim Jong-un en affirmant qu’il était disponible pour des discussions "à tout moment, n’importe où et sous n’importe quelle forme". Le président sud-coréen, Moon Jae-in, élu au printemps dernier, avait fait campagne pour renouer avec le Nord après des années de gouvernance conservatrice au cours de laquelle les tensions n’avaient fait qu’augmenter. De son point de vue, il n’y aurait rien à perdre à se montrer ouvert. Il a même dit que les Jeux olympiques d’hiver du mois prochain en Corée du Sud étaient "une occasion révolutionnaire pour la paix", si naturellement la Corée du Nord accepte d’y participer.

Sauf que tout cela parait très optimiste…

Oui, car le clan au pouvoir à Pyong Yang ne laisse deviner aucune ouverture possible. Bien sûr qu’il est prêt à envoyer ses athlètes aux Jeux, mais sans condition. Et naturellement qu’il est prêt à discuter de l’avenir des relations entre les deux pays mais à condition que le sujet de sa puissance nucléaire ne soit pas au menu, maintenant qu’il affirme avoir atteint le stade de la dissuasion après une multitude de tests atomiques et balistiques. Autrement dit, l’attitude de Kim Jong-un pourrait se résumer en une phrase : "Soit vous nous prenez tels que nous sommes, un Etat nucléaire, soit on en reste au statu quo", c’est-à-dire à la crise avec toutes ses surenchères possibles potentiellement dévastatrices.

Mais est-ce que cela finalement n’arrangerait pas tout le monde d’accepter la Corée du Nord telle qu’elle est ?

Du point de vue sud-coréen, peut-être si le Nord offrait des garanties de non-agression. Mais du point de vue des alliés de la Corée du Sud, certainement pas. Parce que cela voudrait dire que le chantage à l’arme nucléaire a marché et que la prolifération pourrait continuer dans tous les pays de la région qui refusent de faire confiance à Kim Jong-un. Offrir l’accès aux Jeux olympiques à la Corée du Nord, pourquoi pas, pour la paix du sport, mais la question se pose de savoir si la Corée du Sud accepterait en échange de suspendre ou d’annuler ses exercices militaires conjoints avec les Etats-Unis pendant cette même période. Si c’était le cas, cela ne répondrait pas à la question de l’après-Jeux : faut-il dialoguer sans conditions, ce que suggère la Chine par exemple, autrement dit reconnaître le rapport de forces tel qu’il est, ce qui pour certains ressemblerait purement et simplement à une capitulation.