Le tribunal pénal international est-il injuste ?

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clémenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Le tribunal pénal international est-il injuste ?

C’est aujourd’hui que l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, connaitra le verdict que délivrera le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie qui siège à La Haye. Une justice internationale tout aussi exigée des victimes que controversée.

Il ne faut pas confondre le TPI pour l’ex-Yougoslavie qui va fermer ses portes après ce verdict à l’encontre de Ratko Mladic avec la Cour Pénale Internationale qui est désormais une juridiction unique pour juger tous les crimes de guerre ou contre l’humanité où qu’ils soient perpétrés. Et pourtant, dans le cas des Balkans et du Rwanda, que n’a-t-on pas entendu ! C’est comme à Nuremberg et Tokyo, c’est la justice des vainqueurs, la preuve avec Milosevic, Karadzic et Mladic, le trio infernal de l’épuration ethnique, en oubliant que dans les camps d’en face, croates et bosniaques, il y avait aussi des méthodes de guerre peu reluisantes. Et ne parlons pas du Kosovo dont le président actuel, Hacim Thaci est également suspecté d’avoir commandité des crimes impardonnables.

Pour la Cour Pénale Internationale, ce sont les mêmes reproches ?

Oui, et ils ne sont pas dénués de fondement. Le premier problème vient du fait que la CPI n’a été ratifiée que par 124 pays sur 193 États membres de l’ONU. Or, parmi les États qui n’ont pas signé ou ratifié, vous retrouvez les États-Unis, la Russie, la Chine, la Turquie, Israël, la Syrie et l’Iran, bref autant de pays qui ne participeront à aucune enquête et ne livreront aucun de ceux qu’on leur réclame.

Et le deuxième grief ?

Il vient d’Afrique. Dans la mesure où sur les dix premières enquêtes ouvertes par la CPI, sept États sont concernés et qu’ils sont tous africains, l’Union africaine a estimé que l’ethnocentrisme ne pouvait servir de boussole et que si la CPI voulait être neutre ou juste, il fallait qu’elle inculpe des responsables de crimes commis ailleurs. Comme ce n’est toujours pas le cas, les chefs d’États africains ont commencé un par un à se retirer de la CPI. Ils veulent lancer une Cour pénale pour l’Afrique, sous-entendu pour que l’Afrique juge les Africains. À condition, si cette Cour voit le jour, qu’elle n’affiche ni indulgence ni complaisance.