Le Pape a-t-il pu porter la Sainte parole auprès d’Aung San Suu Kyi ?

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clémenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Le Pape a-t-il manqué de courage en Birmanie ?

Dans ses prises de parole hier en Birmanie, le chef de l’Église catholique a évité de prononcer le mot de Rohinghas alors qu’il était très attendu par la minorité musulmane victime de nettoyage ethnique.

C’est vrai que le Pape a utilisé le mot de Rohinghas pour désigner tous ceux, ils sont plus de 630.000, qui ont fui la Birmanie pour se réfugier au Bangladesh et qui sont victimes d’épouvantables persécutions. Mais voici quelques extraits des propos qu’il a tenus hier : « L'avenir du pays doit être la paix, une paix fondée sur le respect de la dignité et des droits de tout membre de la société, sur le respect de tout groupe ethnique et de son identité ». Et puis cette phrase encore : "Les différences religieuses ne doivent pas être des sources de division et de méfiance, mais plutôt une force pour l'unité, pour le pardon, pour la tolérance et pour la sage construction de la nation". Il aurait pu conclure à la fin de ses remarques avec ce verset de l’évangile de St Mathieu, "que ceux qui ont des oreilles entendent". Autrement dit, "vous m’avez bien compris".

Pourquoi n’a-t-il pas voulu dire les mots qui fâchent ?

Précisément parce qu’ils fâchent, parce qu’ils n’auraient fait qu’envenimer la situation dans cet affrontement entre bouddhistes extrémistes et musulmans apatrides mais également avec les autres communautés, dont la minorité chrétienne qui elle aussi veut continuer à vivre dans une relation apaisée avec le pouvoir. C’est pour cela que le pape François parle DES minorités et DES religions et DES droits pour tous, pas uniquement pour les Rohinghas.

Mais n’est-ce pas hypocrite ou lâche ?

La réalité, de son point de vue, c’est que s’il avait était indifférent au sort des Rohinghas, il ne serait pas allé en Birmanie. Vous savez, le Pape n’est pas uniquement un leader religieux, c’est aussi un homme d’État et un diplomate. Et en diplomatie, humilier les dirigeants devant leur propre peuple s’avère parfois contre-productif en matière de droits de l’homme. Et s’il avait dénoncé le comportement d’Aung San Suu Kyi à ses côtés, il l’aurait fragilisé face aux militaires avec qui elle partage le pouvoir. On a connu un peu la même chose entre 1991 et 1994 lorsque Nelson Mandela a été libéré et qu’il a cohabité avec les tenants de l’apartheid. Jusqu’à ce que patiemment, cet arsenal d’inhumanité soit démantelé.