La révolte des chrétiens du Congo

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Le cardinal de Kinshasa a une nouvelle fois condamné hier les exactions des forces de l’ordre qui ont été jusqu’à tirer des grenades lacrymogènes dans les églises pour intimider des fidèles appartenant à l’opposition au régime.

Pour comprendre ce qui se passe depuis des semaines dans cet ancien Zaïre du maréchal Mobutu, il faut rappeler que le président actuel, Joseph Kabila, aurait dû quitter le pouvoir en décembre 2016 après deux mandats comme le prévoit la Constitution. Si l’Église catholique congolaise s’exprime si haut et si fort aujourd’hui, c’est précisément parce qu’elle avait servi de médiatrice l’an dernier lorsque Kabila a demandé un sursis. L’Église avait calmé l’opposition en offrant sa garantie à l’accord qui prévoyait d’élire un successeur à Kabila en décembre 2017. Or cet accord a été violé par le président qui a prétexté de l’instabilité dans le pays et d’une insuffisance logistique. Le scrutin a été repoussé à décembre 2018 et certains barons du parti au pouvoir parlent maintenant du printemps 2019. Bref, pour l’opposition, trop c’est trop, des manifestations ont éclaté ces derniers jours, les forces de l’ordre ont tiré sur la foule. L’opposition parle d’une douzaine de morts, les Nations Unies de cinq tandis que le pouvoir nie avoir tué qui que ce soit.

Donc l’Église a décidé de sortir de la médiation et de se ranger dans le camp de l’opposition.

Oui, le cardinal Monsengwo, 78 ans, n’est pourtant pas un révolutionnaire. Il a vécu toutes les tragédies de ce pays, sous Mobutu, puis sous le règne de Laurent-Désiré Kabila, le père de l’actuel président, assassiné en 2001 dans des circonstances toujours non-élucidées. Le cardinal a supporté la présidence du fils, Joseph, les fraudes, la corruption, l’impuissance à ramener la paix dans les régions du Kasaï et du Kivu où des centaines de milliers de personnes sont déjà mortes dans des guerres entre milices pour le contrôle des richesses minières. Hier, au cours d’une messe commémorant les victimes de la colonisation belge, avec au premier rang dans l’église deux des chefs de l’opposition, le cardinal a comparé ce qu’il qualifie aujourd’hui de barbarie du régime avec celle du passé. La veille, il avait lâché cette petite phrase : "il est temps que les médiocres dégagent". 

Que peut-il se passer maintenant ?

La balle est dans le camp de Joseph Kabila. Le patron de l’ONU, Antonio Gutteres lui demande de partir, l’Union Européenne dénonce le recours à la violence pour rester au pouvoir, la France demande à Kabila d’honorer ses engagements. L’Église appelle chacun des camps au calme mais dans ce grand ventre de l’Afrique, 80 millions d’habitants, elle sera clairement au côté des victimes et du droit.