La réunion de Sotchi s'ouvre aujourd'hui dans la plus grande confusion

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Didier François revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

C'est ce lundi que s'ouvre à Sotchi le "Congrès de paix" en Syrie organisé par la Russie et la Turquie.

Absolument la pacification version Poutine et Erdogan, sans Kurdes et sans opposition à Bachar al-Assad, un bon petit arrangement entre dictateurs.

C'est la grosse initiative diplomatique voulue par Vladimir Poutine en personne, deux journées de pourparlers sur l'avenir de la Syrie débutent aujourd'hui à Sotchi avec toutefois deux grands absents : les Kurdes et l'opposition syrienne boycottent cette réunion. Difficile dès lors de croire qu'il s'agit bien du "Congrès de paix" promis par la Russie.

C'est sûr que ça ressemble quand même beaucoup plus à un partage du gâteau entre les vainqueurs qu'à de véritables pourparlers de paix. Soyons sérieux, ce sommet est totalement verrouillé par la Russie et par l'Iran qui sont les véritables parrains de Bachar al-Assad. Ce sont leurs énormes soutiens militaires et financiers qui ont sauvé son régime à un moment absolument critique. La détermination et la brutalité de leurs engagements ne s'est jamais démenti, ce qui a d'ailleurs totalement sidéré des Occidentaux très hésitants, eux, sur la stratégie à tenir dès lors qu'une bonne partie de l'opposition syrienne c'est mise à flirter avec les terroristes islamistes. Vous pensez-bien que ce n'est pas aujourd'hui, alors que le pouvoir syrien est en train de reprendre la main sur l'ensemble de son territoire, que Moscou et Téhéran vont gentiment abandonner l'incroyable gain géostratégique obtenu dans la région grâce à leur intervention. Bien au contraire, l'objectif du congrès de Sotchi c'est de torpiller les véritables négociations de paix menées à Genève par les Nations Unies en poussant le régime syrien à une extrême intransigeance, tout en donnant une vernis de légitimité à une capitulation en règle de l'opposition syrienne.

Pourquoi la Turquie s'associe-t-elle à cette conférence alors qu'Erdogan n'a jamais soutenu Bachar al-Assad ?

C'est vrai mais l'obsession des Turcs, ce sont les Kurdes. Et le cauchemar de Recep Erdogan c'est que les Occidentaux laissent les Kurdes de Syrie gérer un territoire autonome sur sa frontière pour l'aide qu'ils leur ont fourni contre les terroristes de Daesh. Il a donc négocié avec la Russie l'autorisation de lancer son offensive militaire contre les Kurdes dans la ville d'Afrine, celle qui est en cours en ce moment. Ce qu'il faut savoir c'est que dans cette zone particulière ce sont les Russes qui contrôlent l'espace aérien, la coalition n'y entre pas. Les bombardements turcs ne sont donc possible qu'avec la bénédiction de Moscou qui, par ailleurs, avait évacué ses forces spéciales de la ville à la veille de l'offensive.

Mais quel est l'intérêt des Russes dans ce jeu alors qu'ils n'avaient pas de mauvaises relations avec les Kurdes en Syrie ?

Là encore, c'est un pur calcul d'intérêts. D'abord, ils affaiblissent le seul allié crédible des Occidentaux dans la région, ce qui met objectivement les États-Unis, la France et la Grande Bretagne dans une situation difficile. Et ensuite, comme toujours, ils cherchent à renforcer Bachar al-Assad en faisant pression sur les Kurdes pour qu'ils acceptent le déploiement des troupes du régime syrien à Afrine. C'est la condition qu'ils posent aux Kurdes en échange de leur aide pour arrêter l'offensive turque, ce que les Kurdes refusent, c'est pour cela qu'ils ne seront pas présents à Sotchi.