La diplomatie américaine en difficulté avec une chaise vide

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

De limogeages en démissions, Trump se barricade

Le président Trump a limogé hier son secrétaire d’État. On ne compte plus les conseillers ou ministres qui ont été évincés ou qui ont démissionné depuis quinze mois. Ce qui pose un problème de taille aux alliés des États-Unis.

Quand on se sépare d’un responsable qu’on a nommé dans son équipe, il se peut que ce soit pour des raisons de santé ou pour des raisons familiales. Le plus généralement, c’est à cause d’un scandale ou d’une enquête en cours pour ne pas gêner le travail de la justice. Mais c’est beaucoup plus rarement parce que l’on s’est trompé dans ses choix ou pour désaccord grave sur la ligne de conduite, ce qui est le cas pour Rex Tillerson. Pour Donald Trump, nous en sommes à une quarantaine de départs depuis qu’il est en fonction dont six sur des postes à très haute responsabilité comme le patron du FBI, le chef du Conseil national de sécurité, le directeur de cabinet de la Maison Blanche, le ministre adjoint de la Justice, le conseiller stratégique du président ou la directrice de l’agence de l’environnement.

Il y a les gens qui partent et ceux qui ne sont toujours pas remplacés.

Oui, ce qui crée de grosses difficultés dans les ministères mais aussi pour les partenaires étrangers. Au département d’État que dirigeait Rex Tillerson, il n’y a toujours pas de directeur pour les affaires asiatiques alors qu’on est en pleine crise en Corée du Nord, ni même d’ambassadeur en Corée du Sud, ce qui est un comble. Et pas davantage en Arabie saoudite et en Turquie, deux acteurs clefs de la guerre en Syrie. Pas d’ambassadeur auprès de l’Union européenne et en Allemagne à l’heure de la guerre commerciale qui s’annonce.

Est-ce à mettre sur le compte de l’amateurisme ou de la volonté de faire de la Maison Blanche le seul interlocuteur ?

On aurait pu parler d’amateurisme les six premiers mois, et cela inclue les mauvais choix qui ont abouti à des limogeages ou des démissions, mais là tout le monde assiste en effet à une concentration des pouvoirs au Bureau Ovale où l’on ne fait confiance à plus grand monde, et surtout pas aux professionnels de la diplomatie, de la sécurité et de l’environnement. Mais cela signifie aussi que cette opacité, cette imprévisibilité ne visent pas seulement à brouiller les lignes des adversaires et des concurrents de l’Amérique. Celle des alliés également. Les Européens ne savent toujours pas ce que veut Donald Trump sur l’Iran, le Japon n’a pas été associé à la décision sur la Corée du Nord. Les Africains pensaient enfin qu’avec la tournée de Rex Tillerson sur le continent, il y avait enfin de la lisibilité. Tout cela ne facilite pas la coopération au jour le jour et de moins en moins de confiance. On en aura peut-être un aperçu lors de la première visite d’Etat d’Emmanuel Macron aux Etats-Unis dès le mois prochain.