La défense d'Afrin par les Kurdes

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

La Ghouta bien sûr, mais aussi Afrin.

La tragédie humanitaire en cours dans la Ghouta orientale aux portes de Damas cache une deuxième bataille tout aussi cruciale dans la guerre en Syrie. Les forces kurdes affluent à Afrin pour se défendre face aux Turcs. 

Cette guerre en Syrie, ou plutôt ces guerres au pluriel, sont compliquées mais il faut bien comprendre ce qui se passe. Il y a trois batailles majeures en cours en Syrie. La première, celle du régime contre les rebelles et les djihadistes de La Ghouta, d’une cruauté indigne contre les civils malgré la résolution de l’ONU qui exige la trêve. Celle des Forces de la coalition anti-djihadiste contre Daech dans la vallée de l’Euphrate. Cela fait depuis la chute de Raqqa et de Deir Ezzor que les Américains et leurs alliés disent qu’il reste des poches de Daech importantes qu’il faut anéantir près de la frontière irakienne. Et puis la bataille que mène la Turquie sur le sol syrien contre les Kurdes pour les empêcher de menacer leur frontière. Cette offensive-là dure depuis le 20 janvier. Elle vise Afrin, le bastion des Kurdes dans le nord-est. Les Turcs progressent lentement mais ils ont affirment avoir repris 40% du canton d’Afrin, suffisamment pour les forces kurdes se mobilisent. Hier, leur commandement a annoncé que 1700 de ses combattants allaient quitter le front contre Daech pour rejoindre la défense d’Afrin.

Ce qui fragilise évidemment la coalition.

Exactement car les FDS, les Forces démocratiques syriennes, à majorité kurdes, sont la colonne vertébrale au niveau terrestre de la guerre contre Daech. Cela ne va pas empêcher les Américains, les Français et leurs alliés de continuer leurs raids aériens contre Daech mais les forces spéciales au sol, sans l’assistance et le renseignement des Kurdes, quoi qu’en disent les responsables français que j’ai interrogés, vont perdre une grande partie de leurs moyens. D’ailleurs, il n’a fallu que quelques heures hier au Pentagone pour annoncer ce qu’il appelle une « pause opérationnelle » dans les combats contre Daech. Le ministre de la défense, le général Mattis, avait prévenu les Turcs que leur offensive sur Afrin constituait une diversion par rapport à la priorité du combat contre les djihadistes. C’est éclatant aujourd’hui.

Mais les Turcs ne renoncent pas.

Bien au contraire, ils ont annoncé hier que leur objectif n’était pas seulement Afrin mais la ville de Minbij, à 150 km plus à l’est, afin de casser la continuité territoriale du Kurdistan syrie. Le président Erdogan parle d’un rouleau compresseur qui devra nettoyer cette région du terrorisme. Son chef de la diplomatie demande même aux forces américaines qui se trouvent à Minbij d’évacuer. Tout cela rappelle la fameuse bataille de Kobané contre Daech que les Kurdes avaient mis plus d’un an à reconquérir avec l’aide très tardive des américains et sans que la Turquie ne fasse agir son artillerie contre les djihadistes. Il y a là, à Afrin aujourd’hui, comme à Kobané hier, des priorités et des alliances qui en disent long…