Israël-Palestine : cette fois, on ne fait plus semblant !

  • A
  • A
L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
Partagez sur :

François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Le Conseil central de l’OLP a demandé à l’exécutif palestinien de ne plus reconnaitre les États-Unis comme médiateurs dans le conflit avec Israël et même de suspendre la reconnaissance de l’État hébreu. Et maintenant ?

Et bien maintenant, c’est à Mahmoud Abbas, 82 ans, de peser le pour et le contre et de se poser la question de son départ. Alors, ne plus considérer les Américains comme médiateurs, cela ne demande pas trop d’efforts. Sauf qu’il va bien falloir trouver un canal de communication lorsque le gouvernement américain mettra sa menace à exécution de couper les vivres à l’Autorité palestinienne et surtout à l’UNRWA, l’agence des Nations Unies qui prend en charge les réfugiés palestiniens dans les camps de Gaza et de Cisjordanie. Il y en a pour des centaines de millions de dollars chaque année.

Mais il y a aussi la suspension de la reconnaissance de l’État d’Israël.

Alors là, si c’est le cas, on revient 25 ans en arrière et même plus. C’est-à-dire sur les acquis de la reconnaissance par Israël de l’OLP en tant que représentante légitime du peuple palestinien et d’Israël par l’OLP. C’est ce qui a permis de déboucher sur les accords d’Oslo visant à donner aux palestiniens une Autorité sensée devenir plus tard un État en échange de la paix. Aujourd’hui, l’OLP dit "on ne reconnait plus Israël tant qu’Israël ne reconnait pas les frontières de 67 et mette fin à son annexion sur Jérusalem". Or, c’est précisément sur ces deux points centraux que devait se faire la négociation finale. Le vrai problème en attendant, c’est de savoir ce que l’on fait des accords de sécurité entre les deux parties qui continuent d’être respectés vaille que vaille. La tentation est grande côté palestinien de dire "vous voulez les clefs, allez-y prenez tout et débrouillez-vous".

C’est dans ce contexte que le vice-président américain Mike Pence est attendu sur place la semaine prochaine.

Il est boycotté à Ramallah et Mahmoud Abbas d’ailleurs ne sera pas là, mais à Bruxelles pour tenter de convaincre les Européens de réagir en sa faveur. En fait, l’une des raisons de la colère des responsables palestiniens tient à ce qu’ils savent du plan de paix que concoctent les Américains dans leur dos. D’après le chroniqueur israélien, Ben Caspit, généralement très bien renseigné, la Maison Blanche proposerait aux Palestiniens une autonomie (ils ne parlent pas d’État), sans se référer aux frontières de 1967 (autrement dit, reconnaissant les colonies comme non-négociables), le tout avec Ramallah comme capitale et non Jérusalem-Est. Dans ces conditions-là, Abbas pourrait même jeter l’éponge, quitte à ce que la colère de la rue se transforme en Intifada et déclenche une nouvelle intervention militaire à Gaza comme en 2014.